29.09.2008
un adolescent
C'est un adolescent de 14 ans comme il y en a tant.
Il y a encore quelques mois, il était habité par l'insatisfaction permanente propre à la période. Il râlait du matin au soir , tempêtait contre l'injustice et la supposée incompétence de ses profs -causes évidemment de ses mauvaises résultats-, en voulait à la terre entière, s'emportait pour un oui ou pour un non.
Il était comme une cuve sous pression, se blindant du monde en lisant des mangas, en écoutant à s'en rendre sourd le death metal lu plus mortel qui soit, et en jouant de sa guitare électrique à en faire péter les amplis et exploser la patience des adultes l'entourant.
Comme tout adolescent, il se sentait incompris, ne trouvant sa place nulle part, si ce n'était avec ses copains, ultime cordon rassurant le protégeant de ses abîmes.
Il pouvait par ailleurs être adorable, touchant et brillant, mais cet éclat s'éteignait sitôt qu'une contrariété imprévue venait à obstruer son ciel.
Depuis septembre il semble être un autre. Il ne s'emporte plus, n'en veut plus à la terre entière, et semble même avoir des relations plus harmonieuses avec ses profs. Il lave la salle de bain sans rechigner. Revient du collège avec des notes à faire rougir de fierté n'importe quel parent normalement constitué, travaille sa passion -la musique- comme un fou et y fait des progrès sidérants.
Il a su formuler un vrai projet, choisir un bon prof de musique, s'est inscrit à un club de sport, a changé de look et de coiffure comme on passerait du jour à la nuit. Et surtout, il semble apaisé.
Questionné sur le pourquoi du comment, il répond :
- "Tu vois c'est depuis les vacances.
Avant, pour moi la vie, c'était dodo, collège, engueulades, dodo. Chaque jour se ressemblait. Je pensais que la vie ça valait pas la peine. On allait en vacances toujours au même endroit, les parents s'engueulaient tous les jours, c'était comme un cauchemar.
Et puis tu vois, là-bas on a rencontré plein de gens. Des gens super. E. qui joue si bien de la guitare, R. et ses chansons, H. et J. et leurs apéros pantagrueliques, leur hospitalité, leur vie si pleine. Et puis toi, depuis que tu as rencontré S. Tu vois, ça a tout changé. Parce que tu sais, j'aurais jamais imaginé pouvoir jouer un saucisson sur une note d'anglais avec une adulte ! Et puis franchement quand elle chante, ça déchire tellement !
Alors tu vois, moi maintenant j'ai décidé. Je travaille au bahut, comme ça j'ai plus les parents sur le dos et c'est plus cool. Ca me laisse du temps pour travailler la guitare. Et puis tu vois, maintenant la vie, c'est un truc qui me parait valoir la peine".
Il a trouvé ce que cherchent tant d'êtres : des raisons d'y croire.
Et sa vie est métamorphosée. Il râle encore, c'est aussi un signe de santé ; mais moins.
Il aide, il est curieux et demande à savoir. Et lorsqu'il joue de sa guitare, il commence même à en apprendre à son père.
Je l'écoute. J'espère que rien de trop grave ne viendra décevoir ce bel élan.
Et je songe alors à tout ce que l'on écrit sur l'enfance et l'adolescence.
Tout ces discours socio-psychologisant, pour finalement me dire que la chose essentielle qui importe pour un enfant ou un adolescent, c'est l'énergie de vie et d'invention des adultes qui l'entourent.
J'en arrive à envisager que nos enfants vont parfois mal, parce que leurs parents n'ont plus de vrais projets, se sont résolus à renier ce qui les constituait au plus profond. Et les enfants, comme les adolescents, voient tout. Même ce que l'on voudrait leur cacher comme nos propres blessures qu'ils inhalent parfois comme des produits chimiques.
Bien sûr, cela n'est pas toujours aussi simple. Et je pense ici avec affection et tendresse à toutes ces mères et à tous ces pères qui font ce qu'ils peuvent et dans leurs vies, et dans leurs implications avec leurs enfants, et se trouvent confrontés parfois à une rage, parfois à une résignation, deséspérantes (et je ne m'en exclut pas, loin de là !).
Mais j'ai parfois envie de dire ceci : avant de penser à nos enfant, pensons à nous (ce qui ne veut pas dire qu'à nous). Soyons des adultes sincères et pleins de rêves et d'envies, habitons notre vie, soyons vivants, aimants, joyeux, soyons nous-mêmes incarnés dans nos vies, et nos enfants iront bien mieux. Parce qu'ils ont besoin d'admirer.
Les adolescents ont besoin d'adultes charismatiques pour se construire.
Alors, tentons de leur offrir notre vie réussie.
20:45 Publié dans portraits | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note




Commentaires
clap, clap, clap
c'est apaisant un ado qui s'apaise parce qu'il y a une telle énergie en eux que quand le calme revient ils en deviennent encore plus rayonnants, plus éclairants et même plus...clairvoyants!
Ecrit par : flo | 30.09.2008
Mon fils n'est plus adolescent Dominique et porte depuis sa naissance un poids qui nous dépasse tous. Plus l'absence d'un père depuis tant d'années. J'ai eu un coup de cafard hier mais je ne baisse pas les bras pour autant. Et j'ai arrêté de culpabiliser à son sujet également. Bises.
Ecrit par : Sylvie | 30.09.2008
Bien joli texte qui parle autant du fils que du père
Ecrit par : doc_doc | 25.10.2008
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