18.05.2012
debout
11:03 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
05.05.2012
Est-ce que
Photo : Gleb Tarro
Est-ce qu’être en colère est agréable ?
Est-ce qu’être jaloux est agréable ?
Est-ce qu’être plein de ressentiment est agréable ?
Est-ce qu’être envieux est agréable ?
Est-ce que se sentir nul est agréable ?
Et pourtant, qui fabrique ces émotions qui nous pourrissent la vie ?
Qui nous cache le diamant qui s’y cache ?
Moi, moi, moi, moi….
Non pas se poser la question de savoir ce qu’il convient de penser,
Ce qu’il faut ressentir. Mais…
Inlassablement : qu’est-ce qui pense ?
Qui pense ?
Qu’est-ce qui ressent ?
Qui ressent ?
Regarder sa façon de voir plutôt que ce que l’on voit.
Un affût, tranquille et détaché,
Une conscience en éveil.
Une colère ?
Tiens une colère !
Qu’a-t-elle à me dire ?
Tiens une crispation des épaules !
Qu’a-t-elle à m’enseigner ?
L’esprit est harceleur, il n’arrête jamais.
C’est un jeu :
Plus on voit arriver tôt l’émotion qui advient, plus d’un souffle on la disperse.
Il ne s’agit pas de dire à celle-ci : « tu n’existe plus ! ». Parce qu’elle existe. A sa façon.
Il suffit juste de la disperser comme poussière dans le vent.
Nous ne sommes pas nos émotions, nos sensations, nos pensées.
Nous sommes juste traversés par elles avec la maligne habitude de les retenir plus qu’il ne le faudrait.
Parce que l’esprit se nourrit d’elles.
Une fois la chose comprise, tout est simple. Très (trop ?) simple.
Juste se décaler un peu de soi-même…
Essaie, tu verras.
10:51 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.04.2012
trop con le gars !
Paris, vers un coin de la rue Jacob
Il y a quand même des trucs parfois, je te jure…
Je suis en train de lire un livre de Yongey Mingyour Rinpoché sur le bouddhisme : « Bonheur de la sagesse » au Livre de Poche.
Un des livres les plus évidents, les plus profonds et les plus pertinents sur le sujet, et que je conseille absolument à la lecture à tous ceux -débutants ou pratiquants aguerris- marchant sur ce chemin-là ou, simplement, se demandant s’ils ne devraient pas le faire.
Brèffle.
Contrairement à mes habitudes, je n’ai pas annoté le livre de dizaines de marques-pages, et souhaitant malgré tout pouvoir me référer à certains passages, voilà ti pas qu’à midi, je survole les 188 pages déjà lues pour retrouver les passages en question.
Je survole, je survole, relis quelques lignes et là, manque de tomber de ma chaise.
Page 130, je trouve mention d’une pratique traditionnelle tibétaine visant à une sorte « d’inventaire » de ses qualités et particularités personnelles. Elle consiste à empiler des cailloux, noirs pour les qualités négatives, et blancs pour les positives.
Jusque là rien d’extraordinaire me diras-tu. Sauf, sauf…
Que si tu as eu l’occasion de lire ou d’entendre mon livre ou mon spectacle « Le Rêve de l’Arbre », tu sais qu’il y est question à plusieurs reprises de cailloux blancs et de cailloux noirs. Ces cailloux déposés par le protagoniste de l’histoire au fil des ans sur la tombe de sa grand-mère ayant pour fonction de lui faire savoir comment il va… Et bien sûr qu’au début de l’histoire il y dépose essentiellement des cailloux noirs…
L’idée de ce rituel m’était venue en découvrant que dans les cimetières juifs américains, il est d’usage de déposer un caillou sur la tombe du défunt visité, pour laisser une trace de son passage.
Et bien tu veux que je te dise ?
J’avais bien lu cette page 130, et pourtant pas une seule fois, le lien avec mon propre texte et le spectacle n’est venu m’effleurer ne serait-ce que le bout du bout d’un poil de cul !
Et c’est de cela dont je voulais te parler.
Parce que quand même, une telle absence, une telle extinction de l’esprit, une telle méconnaissance, c’est quand même énorme. Pas grave non. Il n’y a pas mort d’homme comme dirait l’autre, mais énorme.
Parce que ce qui me vient, c’est que s’il est possible de passer à côté d’un truc comme ça ; même si c’est pour se dire : « tiens c’est marrant, ça ressemble à mon spectacle », à côté de combien de trucs comme ça passons-nous en toute inconscience au fil des jours et des nuits ?
C’est comme si, malgré nous, parfois, notre conscience s’absentait ; ou s’abstenait. Pourquoi ? Comment ? Ça je ne sais pas. Ce qui est sûr c’est que nous devons passer à côté de bien plus de connections que nous n’en réalisons effectivement.
Comme des aveugles au milieu d’un champ de fleurs, ou des sourds à côté d’une guitare… On éclaire un petit bout au milieu du brouillard (un peu comme l’histoire du gars qui cherche de nuit ses clés au pied d’un réverbère, parce que c’est le seul endroit où il a des chances de pouvoir les voir).
Alors maladroitement, on essaie chaque jour, d’éclairer un peu plus loin, un peu plus large… Même si parfois on se prend les pieds dans les lacets de ses godasses !
Et puisque l’on parle de nos sens, sache que pour le bouddhisme, notre esprit, notre conscience, fonctionneraient comme un sixième sens mental. Pas au sens des perceptions extra-sensorielles, mais au sens, comme le diraient des neuroscientifiques, de sa capacité à « organiser l’information reçue des sens pour en former un concept ou une image mentale ».
Change la perception de ta conscience et tu changeras ta perception du monde, donc le monde.
Alors peut-être ne passeras-tu plus à côté d’une belle histoire de cailloux noirs et de cailloux blancs…
Je ne suis pas sûr qu’il existe un mot en français pour dire cette restructuration de nos champs mentaux et de notre conscience : cette capacité de notre esprit à se réinventer, allant même jusqu’à modifier notre fonctionnement neurologique. Je croyais que c’était le mot « récognition », mais non, « récognition » signifie « reconnaître ». Quoiqu’à bien y réfléchir pourquoi pas ? Tout ce travail de l’esprit, toute cette pratique autour de la sagesse consiste peut-être (sans doute) à retrouver quelque chose que nous savons déjà.
Ce qui m’évoque un vers d’une chanson de Gérad Manset, énigmatique jusqu’ici mais clair à présent : « ce sont des choses inconnues qu’on avait oubliées ».
Ce qui ouvre sur bien des possibles à portée de mains et de neurones…
19:07 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
23.04.2012
Rhizome
Ainsi donc, la culture que l’on se construit se structure comme un rhizome, en une arborescence souterraine se ramifiant à l’infini. A l’image des neurones de notre cerveau qui sans cesse se renouvellent et se complexifient, créant de nouveaux réseaux, en abandonnant d’autres, en en connectant certains ; à l’infini, en fonction des besoins, des stimulis, de l’état du réseau local…
Poussons encore la métaphore botanique en rappelant que les rhizomes sont également des réserves d’énergie pour la plante, qu’ils contribuent à l’aération des sols, et surtout permettent la multiplication végétative de la plante.
Un de mes premiers rhizomes : je devais avoir six ou 7 ans. Mes parents écoutaient Ferré, Ferrat… Noms de poètes entraperçus : Aragon, Villon, Baudelaire. Plus tard, de Baudelaire à Verlaine, de Verlaine à Rimbaud, de Rimbaud à la beat-generation, de Kerouac au jazz, de Villon à l’argot du vieux Paris, et ainsi de suite…
Un autre encore, vers 14 / 15 ans : Chez un libraire vendant des livres d’occasions, acheté pour quelques francs le même jour trois livres de poche : Rezvani (« Les Années Lula ») et deux tomes du journal d’Anaïs Nin. Bonne pioche ! De Rezvani à Truffaut et Jeanne Moreau, d’Anaïs Nin à Antonin Artaud (que je connaissais déjà grâce à un prof), à la psychanalyse, à Henri Miller, d’Henri Miller à Lawrence Durell, Dostoïevski, la littérature érotique…
Encore un autre dont je parlais il y a peu : Rock and Folk dans les années 70. Un article et une photo fascinante de Christian Vander. Kontarkoz acheté sans connaître. La claque. Puis Coltrane, puis Miles Davis, puis le jazz-rock, puis la fusion, puis le cool jazz, puis les musiques du monde…
Ah et un que j’allais oublier : un soir un cours de congas comme ça pour essayer dans une MJC. Des congas au djembé, du djembé aux musiques africaines traditionnelles, des congas à l’afrocubain, et puis le berimbau. Une de mes plus belles traversées…
Et ainsi, à l’infini, des rhizomes, des connections… Non pas une culture à thésauriser, non, surtout pas ! Mais une culture pour me nourrir, pour grandir, pour élargir mes zones de contact avec le monde, pour mieux me comprendre et mieux le comprendre. Une culture non pour dominer l’autre ou le monde, mais pour mieux les rencontrer.
Comme ce dernier rhizome en cours : Hubert Reeves, puis Trinh Xuan Thuan, de l’astrophysique à la métaphysique, de la poésie à la science, de la science aux sciences humaines, de la psychologie aux neurosciences… Et encore avant, de la botanique au conte, et depuis peu un nouveau rhizome qui fait se rejoindre l’astrophysique et le conte, même si le terrain est bien aride…
Chacun ses racines, chacun ses modes de croissance, chacun ses nourritures…
Il n’y a pas de règles, pas d’obligations. Juste tenter d’éviter cette petite mort consistant à ne plus s’intéresser à rien d’autre qu’à soi-même, voire -pire- : à rien.
Il me plaît de visualiser ces réseaux, ces parcours souterrains, ces chemins de vie qui s’adaptent aux terrains, aux sols sur lesquels ils croissent.
Parfois, des connections inattendues, parfois des impasses pierreuses. Nos cultures, nos savoirs, comme un terreau pour notre esprit qui en est alors le fruit. Les racines pour ce qui nous travaille par le souterrain, le caché ; la lumière pour le dehors et la transparence.
Ainsi croissons-nous : d’un espace pour les racines, du vent et de la lumière pour le reste. Arrimés par le bas, libres comme graine par le haut.
Drame de ceux ne se revendiquent que d’un lieu, que d’une chose. Par peur, ils perdent la liberté du vent, finissant pas imposer fermetures en tout genre.
La graine tombant au pied de l’arbre, en général meurt. Seules les déplacées survivent.
Graines, plants, herbes, arbres, rhizomes, racines, sols, ciels, lumières, vents, eau, pluie, capillarité…
Culture et savoir procédant des mêmes processus. Ceux de la Vie tout court…
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22.04.2012
En Forêts
15:05 Publié dans citations, graines du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.04.2012
A Love Supreme
Réécouté hier soir "A Love Supreme" de John Coltrane. Pour moi, et pour quelques milliers d'autres, le plus beau disque de jazz de tous les temps. 36 minutes et 49 secondes d'une beauté de diamant noir. Une borne stellaire comme un repère inaccessible.
C'est comme ça : tu peux vouloir jouer du jazz mais il y a eu Coltrane. Tu peux vouloir écrire des haïkus, mais il y a eu Basho. Tu peux vouloir jouer de la guitare, mais il y a eu Hendrix. Tu peux vouloir chanter mais il y a eu la Callas. Tu peux vouloir écrire de la poésie mais il y a eu Rimbaud, Tu peux vouloir écrire ton journal, mais il y a eu Etty Hillsum . Et ainsi de suite...
Non pas pour dire qu'il ne faudrait plus rien faire, mais simplement qu'il y a des oeuvres qui remettent les choses à leurs places.
Ce n'est pas un disque c'est un temple. Une prière, construite autour de 4 notes d'une simplicité désarmante. Un chant d'amour et de libération. La métaphore d'une âme cherchant accomplissement et délivrance. Ce disque fut délibéremment placé par son auteur du côté du mystique. Mais n'ais crainte, tu peux l'apprécier même si tu es loin de tout ça.
Cela dit, ne va pas croire que ce disque va te livrer ses merveilles à la première écoute. Non. Il faut insister parce que si l'accès à la beauté pure était aussi évident que cela, ça fait bien longtemps que ça se saurait...
Tu peux écouter ce disque cent fois uniquement pour la contrebasse ; cent fois pour le piano et comment harmoniquement il se place par rapport au sax ; cent fois pour la batterie (et sache jeune lecteur qui passerait ici par hasard que ce disque fut enregistré en une seule journée, le 9 décembre 1964 précisément, qu'il n'y a aucun recording et que tout ce que tu entends de la batterie est joué par un seul homme en une seule fois...) ; mille fois pour le saxophone évidemment ; et encore cent fois pour l'incroyable allégresse du début de la seconde partie (la manifestation sonore la plus proche pour moi d'une âme et d'un coeur qui exultent). Et cent fois encore pour ci et pour ça...
Mais surtout, ne le banalise pas, tu risquerais de t'en lasser. Je ne l'avais pas écouté depuis plusieurs années et je l'ai toujours écouté de manière parcimonieuse, et pourtant à la réecoute d'hier soir, je sais le connaître par coeur. Ou plutôt chaque cellule de mon corps le connaît pas coeur. Il vit en moi - de manière très mystérieuse et très puissante, comme un elixir alchimique- à l'instar de quelques très rares autres albums.
Alors qu'on lui demandait pourquoi il faisait des solos si longs (et dieu sait si il s'est fait sifflé plus d'une fois !), Coltrane aurait répondu : "Parce que je ne sais pas comment m'arrêter". Ainsi, y a t-il des musiciens qui jouent des notes et d'autres qui sont traversés par la musique. Et Coltrane fut ce ceux-ci. Malgré et / ou grâce à sa technique ahurissante et sa culture musicale immense.
Après Love Supreme plus rien ne fut comme avant. Pour les auditeurs bien sûr, mais aussi pour lui. Il passa au free jazz, changea peu à peu de musiciens, bazarda tous les cadres, bascula musicalement de Picasso à Jackson Pollock et de la géométrie euclidienne à la mécanique quantique...
Dans la dernière partie de A Love Supreme, on peut entendre dans ce qu'il joue au saxophone comme une innocence d'enfance. Une âme enfin libre et s'émerveillant de tout. Une nouvelle enfance du monde. Une nouvelle naissance. Un accomplissement libre et joyeux. Un enfant.
Pochette noire, visage sombre et profond pour une oeuvre toute de blancheur et de lumière. Il y a comme cela des oeuvres qui font plaisir et d'autres qui nous changent, voire nous métamorphosent. A Love Supreme est de celles-ci...
Si la médiocre qualité sonore ne t'effraie pas, tu peux l'entendre ici : http://www.deezer.com/fr/music/john-coltrane-quartet/a-lo...
Autrement je l'ai racheté bradé neuf à 10 €...
Et puis en bonus quand même (On y entend surtout Mc Coy Tyner au piano, mais je n'ai pas trouvé d'autres traces vidéo en live de cet opus) :
PS : j'ai découvert Coltrane adolescent grâce à Christian Vander et à Magma. Par Coltrane, j'ai découvert Miles, par Miles je suis entré dans le jazz etc, etc, etc... Notre culture se construit comme un rhizome. Un jour j'écrirai là-dessus tiens... Mais je voulais juste dire merci en passant...
13:25 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : john coltrane, a love supreme, christian vander
15.04.2012
un projet qui ne manque pas d'ère
Il y a tant de choses importantes qui se sont passées en retrait du monde ; dans des grottes, au pied d'un arbre, dans des caves, dans des ermitages de montagne, dans des chambres d'hôtel, dans des laboratoires... avant de changer le monde quelques siècles ou années plus tard : les premiers chrétiens dans les grottes, le Bouddha Shakyamuni au pied de son figuier, les résistants imprimant des tracts interdits dans les caves, Etty Hillesum écrivant son journal dans sa chambre, Coltrane faisant ses gammes dans des chambres d'hôtel...
Ainsi ce jour de 2002 où des méditants bouddhistes expérimentés (entre 10 et 30 000 heures de méditation cumulées !) sont venues dans un laboratoire de recherche américain afin de tenter de voir, grâce aux nouvelles techniques d'imagerie médicale, si la méditation changeait quelque chose -et quoi- dans le cerveau de ceux qui la pratiquent.
De cette expérience, nombreux sont les livres qui maintenant en parlent parce que les résultats ont dépassés tout ce que l'on pouvait imaginer.
Oui, la pratique de la méditation change le cerveau, profondément. Oui, contrairement à ce que l'on pensait, le cerveau évolue et change jusqu'à la fin de notre vie. Oui, il est donc possible de changer son cerveau en modifiant ses pratiques, son comportement, ses pensées... Nous fabriquons notre réalité au fur et à mesure que nous la pensons.
Si j'ai eu envie de te parler de ça, c'est parce que je suis en train de lire "La Petite Poucette" de Michel Serres (voir note précédente), et qu'à le lire une réflexion m'est venue.
Ainsi au fil des siècles, l'Homme a d'abord délégué à des machines simples (palan, rouages, leviers, etc...) sa force musculaire ; ce fut la période agricole. Puis il a transféré grâce aux machines son énergie musculaire (ce qui donna l'ère industrielle). Puis il transfère maintenant son savoir et certaines fonctions cognitives (c'est l'ère du numérique et des technologies de l'information). Ainsi n'a t-il plus besoin de stocker le savoir en lui, il lui suffit de pouvoir aller le chercher grâce à ses machines. Le savoir est diffusé, immédiatement accessible à condition de savoir aller le chercher. Il est relié à toutes les cultures du monde en temps réel.
En un siècle, "l'homo occidentalus" s'est émancipé d'une vie courte (40 ans d'espérance de vie au début du XXème siècle), de la souffrance physique (enfin autant que possible...) grâce à l'invention des antalgiques et anésthésiques qui ont permis de réparé les corps de l'intérieur ; de la difformité physique, des grossesses subies, d'une alimentation carencée (je parle bien sûr de l'homme occidental qui a les moyens de manger à sa faim), du risque de famine (idem), d'une bonne partie des maladies qui tuaient dès le plus jeune âge (même si d'autres depuis ont fait leur apparition... Il a quitté la terre pour vivre en ville, à annihiler les distances terrestres, s'est émancipé de la présence physique pour rencontrer son prochain...
En un petit siècle, il s'est donc émancipé de tout un ensemble de fonctions et de contraintes qui de fait ont laissé vacant un champs d'énergie immense en lui. Et de ce champ matriciel, ce vide à féconder, qu'en a t-il fait ?
Rien, ou pas grand chose. Il l'a rempli comme il a pu, en proportion de son horreur du vide. Ce temps et cette énergie disponibles il les a remplis de divertissement, de loisirs et par la société de consommation (toutes ces choses n'étant pas intrinséquement mauvaises, je le précise au cas où...).
Rudoyé par une machine énonomique broyante, ayant perdu une partie de ses repères (il est si difficile de faire couple, de faire famille, de faire amis...), ne parvenant pas à conceptualiser tous les changements advenants, effrayé par les conséquences de ses actes (et l'éviction des enjeux environnementaux de l'actuelle campagne présidentielle en est un des plus sidérants et effrayants symptômes), il colmate comme il peut, un monde qui semble lui échapper de partout. Et dans la foulée, il abandonne -et c'est sans doute une des choses les plus graves- la pédagogie aux médias dominants qui sont tout sauf des philanthropes...
Alors je me suis posé une question. Ou plutôt une question m'a traversé. Tu sais une ce ces intuitions qui te chavirent...
Ce champs matriciel laissé vacant par tous ces transferts de technologies hommes / machines, par la dissolution de beaucoup de préoccupations de simple survie, par quoi conviendrait-il de l'investir ?
Que ne pouvons-nous pas à ce jour, déléguer aux machines ?
Et la réponse qui m'est venue est : notre qualité de présence au monde.
Oui l'Homme d'aujourd'hui et de demain -si il survit- allégé de tant de charges, est disponible pour penser et travailler sa présence au monde. Et j'ai l'intuition que nous entrons déjà dans ce monde-là.
Jamais nous ne nous sommes posé autant de questions sur les enjeux relationnels (va dans une librairie et regarde le nombre d'ouvrages qui s'y rapportent). Jamais nous n'avons eu autant accès aux expériences de ceux qui nous ont précédé et de ceux qui vivent en même temps que nous. En un siècle nous avons inventé la psychanalyse, la psychologie, les thérapies cognitives, les psychologies humanistes, les nouvelles (?) techniques de communication (non violentes et respectueuses de l'autre et de soi), les neuro-sciences, les religions comparées, la mondialisation des savoirs et des expériences, j'en passe et des meilleurs... Nous sommes passés aussi du corps refoulé, souffrant et souvent malade, au corps-roi, magnificent, lui aussi au potentiel inexploré.
Michel Serres parle d'un passage entre deux parois d'une immense faille. Nous sommes dans cette faille entre ces deux parois.
Et je crois ceci : l'Homme laborieusement en train de naître sera un Homme de l'Esprit et du savoir. Il n'aura de cesse de questionner son esprit et la qualité de sa relation au monde. Il commence à comprendre (ou à redécouvrir) qu'il n'est pas séparé du monde, mais inclus, interconnecté et dépendant d'un ensemble bien plus vaste. Et qu'aucun de ses actes n'est exempt de conséquences.
Nous entrons dans une nouvelle histoire, à la condition que certains tarés ne l'interrompent pas avant. Celle de l'Homme questionnant la qualité de sa présence au monde et tout ce que cela implique de recherches et de réflexions. Nous entrons dans un monde de reliances et d'exploration de la conscience par toutes les voies possibles : spirituelles, religieuses, scientifiques, corporelles, énergétiques...
D'où l'introduction de cette note. Parce que j'ai aussi cette intuition-là. Que la fin du XXème siècle et le début du XXIème siècle resteront entre autre comme cette période de notre histoire où le bouddhisme (au sens de "sciences de l'esprit") aura rencontré l'occident. Et que de cette féconde rencontre, augmentée de l'apport d'autres pratiques, vont naître une nouvelle science de l'esprit, une nouvelle approche de la conscience, du monde, de notre rapport à l'autre, à soi et au monde. Plus respectueuse, plus lucide, plus généreuse, plus empathique, plus aimante, plus ouverte, plus globalisante, et surtout, plus lucide...
14:37 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
La Petite Poucette Michel Serres
J'en avais parlé il y a moment et étant en train de lire le "manifeste" venant compléter le discours du même nom, je pense que la pensée développée ici est une des plus vivifiantes, et des plus précieuses, de ce début de XXIème siècle. Par son contenu et par la personnalité, son l'âge et son parcours, de celui qui l'a produite.
Du coup, et comme je pense qu je vais y revenir dans des notes à venir, j'ai fait le choix de mettre sur ce blog le discours en question. Etant entendu que tu peux te procurer le livre ici et trouver le discours en ligne ici.
Voici donc le discours en question qui est le début du livre en question (Et bonne lecture !) :
Petite Poucette discours prononcé par M. Michel SERRES Séance du mardi 1er mars 2011 LES NOUVEAUX DÉFIS DE L’ÉDUCATION PARIS PALAIS DE L’INSTITUT - I - Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, s’occupaient de labourage et de pâturage ; en 2010, la France, comme les pays analogues au nôtre, ne compte plus qu’un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus immenses ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture change. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a donc plus le même rapport au monde. Il ou elle ne voit que la nature arcadienne des vacances, du loisir ou du tourisme. - Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais il est devenu sensible aux questions d’environnement. Prudent, il polluera moins que nous autres, adultes inconscients et narcissiques. Il n’a plus le même monde physique et vital, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d’humains. - Son espérance de vie est, au moins, de quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière- grands-parents s’étaient juré fidélité pour à peine une décennie. Qu’il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils n’ont plus la même vie, ne vivent plus les mêmes âges, ne connaissent plus le même mariage ni la même transmission de biens. - Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n’ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant des progrès de la médecine et, en pharmacie, des antalgiques et anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ? Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait à des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde. - Alors que leurs parents furent conçus à l’aveuglette, leur naissance fut programmée. Comme, pour le premier enfant, l’âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les enseignants ne rencontrent plus des parents d’élèves de la même génération. Ils n’ont plus les mêmes parents ; changeant de sexualité, leur génitalité se transformera. - Alors que leurs prédécesseurs se réunirent dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoient désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle depuis quelques décennies. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l’ignoble « sang impur » de quelque étranger ? Ils n’ont plus le même monde mondial, ils n’ont plus le même monde humain. Autour d’eux, les filles et les fils d’immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses. - II - Voilà pour le corps ; voici pour la connaissance. - Leurs ancêtres cultivés avaient, derrière eux, un horizon temporel de quelques milliers d’années, ornées par la préhistoire, les tablettes cunéiformes, la Bible juive, l’Antiquité gréco-latine. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l’accrétion de la planète, l’évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N’habitant plus le même temps, ils entrèrent dans une autre histoire. - Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus reprise celle des cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres. - Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s’écrit -ais, alors qu’il est affiché dans toutes les gares -ay ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des s’miles ? Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d’une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l’école et l’université. Pour le temps d’écoute et de vision, la séduction et l’importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d’enseignement. Les enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs. Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque mal payés. - Ils habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois. Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme leurs ascendants. - Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique, référé par des distances. Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare de la Seconde Guerre mondiale. Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, n’habite plus le même espace, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde extérieur, ne vit plus dans la même nature ; né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus la même mort, sous soins palliatifs. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement. - Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo. - Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l’Académie française publie, à peu près tous les quarante ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s’établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d’environ trente mille. À ce rythme linguistique, on peut deviner que, dans peu de générations, nos successeurs pourraient se trouver aussi séparés de nous que nous le sommes de l’ancien français de Chrétien de Troyes ou de Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements majeurs que je décris. Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années cinquante et ceux d’aujourd’hui. Petite Poucette et son frère ne s’évertueront plus aux mêmes travaux. - III - L’individu Mieux encore, les voilà devenus des individus. Inventé par saint Paul, au début de notre ère, l’individu vient de naître seulement ces jours-ci. Nous rendons-nous compte à quel point nous vivions d’appartenances, de jadis jusqu’à naguère ? Français, catholiques ou juifs, Gascons ou Picards, riches ou pauvres, femmes ou mâles… nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou villageoises, des groupes singuliers, des communes locales, un sexe, la patrie. Par les voyages, les images, la toile, les guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé. Ceux qui demeurent continuent aujourd’hui, vite, d’éclater. L’individu ne sait plus vivre en couple, il divorce ; ne sait plus se tenir en classe, il remue et bavarde ; ne prie plus en paroisse ; l’été dernier, nos footballeurs n’ont pas su faire équipe ; nos politiques savent-ils encore construire un parti ? On dit partout mortes les idéologies ; ce sont les appartenances qu’elles recrutaient qui s’évanouissent. Cet individu nouveau-né annonce plutôt une bonne nouvelle. À balancer les inconvénients de l’égoïsme et les crimes de guerre commis par et pour la libido d’appartenance – des centaines de millions de morts –, j’aime d’amour ces jeunes gens. Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens. En témoigne le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde. Comme un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n’avons inventé aucun lien social nouveau. L’emprise de la critique et du soupçon les déconstruit plutôt. Je la compare, je le répète, à celles qui intervinrent au néolithique, à l’aurore de la science grecque, au début de l’ère chrétienne, à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance. - IV - Trois questions, par exemple : Que transmettre ? À qui le transmettre ? Comment le transmettre ? Que transmettre ? Le savoir ! Jadis et naguère, le savoir avait pour support le corps même du savant, de l’aède ou du griot. Une bibliothèque vivante… voilà le corps enseignant du pédagogue. Peu à peu, le savoir s’objectiva d’abord dans des rouleaux, vélins ou parchemins, support d’écriture, puis, dès la Renaissance, dans les livres de papier, supports d’imprimerie, enfin, aujourd’hui, sur la toile, support de messages et d’information. L’évolution historique du couple support-message est une bonne variable de la fonction d’enseignement. Du coup, la pédagogie changea trois fois : avec l’écriture, les Grecs inventèrent la paideia ; à la suite de l’imprimerie, les traités de pédagogie pullulèrent. Aujourd’hui ? Je répète. Que transmettre ? Le savoir ? Le voilà, partout sur la toile, disponible, objectivé. Le transmettre à tous ? Désormais, tout le savoir est accessible à tous. Comment le transmettre ? Voilà, c’est fait. Avec l’accès aux personnes, par le téléphone cellulaire, avec l’accès en tous lieux, par le GPS, l’accès au savoir est désormais ouvert. D’une certaine manière, il est toujours et partout déjà transmis. Objectivé, certes, mais, de plus, distribué. Non concentré. Nous vivions dans un espace métrique, dis-je, référé à des centres, à des concentrations. Une école, une classe, un campus, un amphi, voilà des concentrations de personnes, étudiants et professeurs, de livres, en bibliothèques, très grande dit-on parfois, d’instruments dans les laboratoires… ce savoir, ces références, ces livres, ces dictionnaires… les voilà distribués partout et, en particulier, chez vous ; mieux, en tous les lieux où vous vous déplacez ; de là étant, vous pouvez toucher vos collègues, vos élèves, où qu’ils passent ; ils vous répondent aisément. L’ancien espace des concentrations – celui-là même où je parle et où vous m’écoutez, que faisons-nous ici ? – se dilue, se répand ; nous vivons, je viens de le dire, dans un espace de voisinages immédiats, mais, de plus, distributif. – Je pourrai vous parler de chez moi ou d’ailleurs, et vous m’entendriez ailleurs ou chez vous. Ne dites surtout pas que l’élève manque des fonctions cognitives qui permettent d’assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support. Par l’écriture et l’imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine. Cette tête a muté. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. Ce changement si décisif de l’enseignement, – changement répercuté sur l’espace entier de la société mondiale et l’ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l’enseignement seulement, mais sans doute le travail, la politique et l’ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin ; probablement, parce que ceux qui traînent encore dans la transition entre les derniers états n’ont pas encore pris leur retraite, alors qu’ils diligentent les réformes, selon des modèles depuis longtemps évanouis. Enseignant pendant quarante ans sous à peu près toutes les latitudes du monde, où cette crevasse s’ouvre aussi largement que dans mon propre pays, j’ai subi, j’ai souffert ces réformes-là comme des emplâtres sur des jambes de bois, des rapetassages ; or les emplâtres endommagent le tibia comme les rapetassages déchirent encore plus le tissu qu’ils cherchent à consolider. - V - Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites et nos projets. Nos institutions luisent d’un éclat qui ressemble, aujourd’hui, à celui des constellations dont l’astrophysique nous apprit jadis qu’elles étaient mortes déjà depuis longtemps. Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? J’en accuse les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d’anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, comme moi, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils ne virent pas venir le contemporain. Si j’avais eu, en effet, à croquer le portrait des adultes, dont je suis, il eût été moins flatteur. Je voudrais avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, non, puisque tout est à faire. Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j’ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés. |
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14.04.2012
lavikiviennou
Hier, dans mon bureau vers 15 h 10
Ainsi donc, des scientifiques n'excluent pas la possibilité qu'il puisse exister une conscience non pas produite pas nous, mais extérieure à nous ; à laquelle nous pourrions nous connecter à certaines conditions. Une sorte de conscience du monde.
Certains autres n'exluent pas non plus que les particules de matière qui nous composent pourraient garder la "mémoire" de leurs agrégations successives (voir expérience EPR, et autres).
Il ne s'agit pas de dire : "c'est vrai" ou : "c'est impossible". Il ne s'agit pas de croire en n'importe quoi puis d'extrapoler tout un système de croyances qui en découleraient. Mais il ne s'agit pas non plus d'exclure une hypothèse sous le prétexte qu'elle n'est pas encore prouvée.
Rigueur et hypothèse voyageuse...
D'autant que notre vision du monde, notre regard, nos modes de compréhension, sont intimement liés aux époques durant lesquelles ils sont pensés. Nos ancètres cueilleurs chasseurs croyaient que les étoiles étaient des animaux ou des êtres mythologiques montés vers les sphères. A l'époque de la technologie mécanique, les métaphores utilisées pour expliquer l'univers tournaient (sic) autour des idées de mouvements d'horlogerie célestes parfaitement réglés. Et à notre époque numérique nos compréhensions utilisent la métaphore vibratoire, informationnelle et /ou énergétiques. Et demain ?
Tout ça pour dire que je me suis découvert un nouvel exercice.
Plutôt que d'observer mon propre moi-même, juste parfois décaler le regard et non plus m'observer moi, mais simplement la vie qui coule en moi. Parce que cette vie qui m'habite et me traverse, pas plus que je ne l'ai créée, ne m'appartient pas. Elle coule en moi, immuable et pourtant infiniment changeante. Je suis donc bien le fruit de quelque chose qui existait avant moi, qui existera après moi, et pour lequel je ne suis absolument pour rien.
Enfin si. Ma seule responsabilité étant sans doute de l'honorer comme il se doit. Cette vie qui vit en moi, je me dois de la nourrir aussi. Pour qu'une fois passée par moi, elle soit la moins altérée possible mais aussi vive et puissante...
Essaie, tu verras !
(Tu peux aussi retourner le truc ; ce n'est pas la vie qui coule en toi, mais juste toi qui traverse un immense champ qui s'appelle la vie).
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