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14/01/2016

Déménagement !

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L'Homme au Bois dormant déménage !

Après plus de 7 ans passés sur cette plateforme, la dégradation progressive du service rendu m'incite à déménager ce blog.

Dorénavant, tu as deux possibilités pour le retrouver :

Aller ici : http://lhommeauboisdormant.blogspot.fr/

Ou bien, aller sur cette page sur laquelle j'ai regroupé l'ensemble de mes voyages :

http://dominiquemotte.blogspot.fr/

Le blog sur ce site restera lisible encore quelques mois, puis je pense qu'il disparaîtra.

Ce blog fut (et c'est encore) une aventure magnifique. Votre présence attentive et bienveillante est pour moi très importante et je vous en remercie du fond du cœur.

Bon, c'est juste un déménagement, hein, on ne se perd pas de vue... Promis ?

Je vous embrasse et à tout de suite pour la suite des aventures... 

13/01/2016

L'Un bat qui ? Non : lumbago

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Bowie est mort (et la photo ci-dessus prise le jour de son anniversaire trois jours avant sa mort semble nous murmurer que certaines personnes peuvent être aussi belles à l'orée du grand passage qu'en leurs vingt ans...). Michel Galabru est mort. Lemmy est mort. Les artistes sont comme des amis qui nous accompagnent ; on grandit avec eux, les pensant comme des présences tutélaires rassurantes. Et puis ils prennent le large nous laissant comme orphelins.

J'arrive à un âge où les légendes de mon adolescence encore vivantes se font la malle. Bowie a arrêté la scène à peu près à l'âge que j'ai. Lemmy, euh... pas vraiment ! Galabru a joué presque jusqu'au bout. 69 ans, 70 ans, 90 ans... Loterie joueuse...

Ils sont morts donc, et ma mère -quant à elle, a décidé de perdre sa mémoire et de faire fi de la réalité géographique où elle se trouve. Tu me diras, c'est pratique : admirons cette capacité à se penser ailleurs qu'en une maison de retraite, en s'imaginant parfois vivre encore chez soi. Admirons cette capacité à oublier tous les souvenirs pesants. Et vu qu'elle ne mange pas, j'imagine qu'elle doit se sentir toute légère. Évidemment pour les enfants, appréhender le fantôme qu'elle devient est une autre histoire... Il faut juste garder l'amour...

Ils sont morts, ma mère est en train de jeter sa mémoire dans un grand trou noir, et je sais devoir changer de vie, de métier, de région... Je sais devoir le faire, mais je ne sais pas comment le faire. Du coup, beaucoup de réflexions, d'hésitations, de perplexité devant les chemins à prendre. Un travail en cours, souterrain pour une part. Un jour (le plus tôt possible) tout deviendra clair et alors je saurais. Pour l'instant, ça couve.

Du coup, mon dos n'a pas supporté. Alors, il s'est tendu jusqu'à se bloquer. Cela s'appelle une lombalgie musculaire. Oh ! Il a certes pris pour prétexte quelques heures de jardinage, là-bas dans les terres de l’Émerveillée ; mais personne n'est dupe ! Du coup, arrêt maladie. Immobilisation forcée. Et pour l'instant, pas même la possibilité de travailler de l'intérieur toutes ces choses-là, vu que je suis complètement abruti, d'abord par la douleur, ensuite par les médocs.

Ce matin, j'ai fait la vaisselle et c'était comme une grande victoire sur le monde. Demain, ça ira sans doute encore mieux.

Nos corps nous parlent mais nous ne les entendons pas toujours. On le sait maintenant : corps et esprit ne sont pas séparés, et la conscience survit au cerveau. Le corps pense, à sa manière, mais nous ne l'écoutons pas. Alors il insiste. Nous nous extasions à juste titre sur notre cerveau et reléguons trop souvent le corps aux basses œuvres, alors qu'il est aussi un chef-d’œuvre de cohésion fonctionnelle et énergétique absolument renversant. Nous cherchons la beauté aux confins de l'univers (et elle y est aussi) quand nous habitons un des écosystèmes les plus complexes, merveilleux, parfaits : nous.

Si chacun avait le même infini respect de ce qu'il vénère habituellement pour ce qu'il est vraiment, le monde serait sans doute différent. Non pas tant, « nous » ; égos temporaires obnubilés par nos transes intérieures, mais ce que nous sommes réellement : une conscience parfaite incarnée en un écosystème appelé « corps » absolument fabuleux dans son fonctionnement. Être en vie est une chose parfaitement extraordinaire, même si on a mal au dos. Et comme il semble bien que la conscience va d'une incarnation à une autre, cela promet encore de longs et beaux voyages... (Tu peux douter, mais en fait sur ces questions, on continue de penser la vie, la mort, l'énergie, la matière... comme au 19ème siècle, alors que, même la science, est entrée depuis dans un autre paradigme que l'on n'a pas intégré et qui n'a plus rien à voir. Comme le fait, par exemple que c'est l'énergie qui crée la matière et non l'inverse !).

Sur ce que je dois faire de mes prochaines années, je ne le sais pas encore. Je sais simplement qu'il faudra que la forme que ça prendra honore et serve cette mirifique beauté que représente le fait d'être en vie.

Et puisque tout va et que tout passe, sache que ce blog va bientôt expirer. Blogspirit qui l'héberge déconne décidément trop, ce qui pour un service payant est quand même le comble. C'est ballot, j'espérais aller jusqu'à la 700 ème note, mais ça s'arrêtera avant...

Ce blog va s'arrêter, mais tout ne va pas disparaître pour autant. Je réfléchis à un nouveau site qui regroupera en une seule page des liens vers d'autres sites présentant tout ce que je développe : l'Homme au Bois Dormant, le tarologue, le conteur, la Voie du tambour... Une manière de revendiquer, enfin, ce que je suis et de mettre tout cela en cohérence... (En fait sur ce coup-là, je bloque sur mon manque de compétences informatiques. Site internet ? Blog ? Tout conseil sera le bienvenu)

Sur ce, mon dos me rappelant à l'ordre, je retourne m'allonger...

20/12/2015

La vie cachée des arbres

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"Dans une certaine tribu d’Afrique on ne célèbre pas l’anniversaire de l’enfant le jour où il est né mais le jour ou la mère est partie seule en forêt, s’est assise sous un arbre, a eu le goût d’avoir un enfant et a inventé une chanson pour le bébé qu’elle voulait avoir. Elle est ensuite revenue au village, a fait l’amour avec son homme et lui a chanté la chanson de l’enfant. À la naissance, la sage-femme qui a appris la chanson accueille le bébé qui apparaît dans ce monde-ci avec sa musique. Et ainsi, à toutes les étapes importantes de la vie de l’enfant, son initiation, son mariage, etc., on entonnera sa chanson. Jusqu’au jour de sa mort. Tout le village se réunit et lui chante sa chanson". (1)

Magnifique rituel, n'est-il pas, qui dit que nous serions tous accueillis par un chant ? (Que nous avons perdu pour ce qui nous concerne et qu'il nous revient de retrouver). Il est dit dans l'histoire que c'est dans la forêt, au pied d'un arbre, que la future mère vient chercher le chant. Est-ce elle qui le trouve ou l'arbre qui le lui souffle ?

Les arbres sont des maîtres, tout autant que nos frères. Nous avons en commun la verticalité tout autant que, comme eux, nous avons le besoin de nous ancrer tout en nous laissant ensemencer par le vent. Nous avons tout autant besoin de vivre dans les profondeurs de la psyché que dans les éblouissements du ciel.

Les arbres nous parlent du plus profond de la terre et du plus haut de l'azur. Du plus près sous nos pieds à l'infini du monde. L’être humain deviendra homme le jour où il saura s'inspirer des arbres pour naître à lui-même et développer avec le monde un véritable échange.

J'ai déjà tant écrit sur les arbres, fait un spectacle, puis écrit un livre (2). Ils sont pour moi des divinités protectrices, un totem, que je fréquente autant qu'il m'est possible. Ils me parlent dans le chant entêté de la Voie du tambour.

Ce qui est extraordinaire, c'est que vivant de -et près de- l'arbre depuis la nuit des temps, l'homme le connaisse si mal. Il s'est donné la peine d'aller jusqu'à la lune, et même plus loin encore, sans prendre celle de vraiment comprendre comment fonctionne un arbre.

Ainsi, une des découvertes les plus incroyables ne date que de... 1997 ! Il s'agit des échanges entre les arbres et certains champignons souterrains prenant la forme de longs filaments dénommés le mycélium. Les arbres et les plantes les fournissent en sucre grâce à la photosynthèse, et les champignons les abreuvent d'eau, de phosphore et d'autres minéraux puisés dans le sol. Parce qu'il y a en fait deux sortes de racines : les grosses racines dites d'ancrage et les racines plus fines, reliées à ces champignons dans le mystère de l'invisible du sous-sol. Si les grosses racines sont de la matière « morte » comme les fibres ligneuse du tronc et des branches ; les autres racines, elles, se renouvellent sans cesse, développant un réseau de plus en plus large et complexe (une sorte de pied de nez, au passage, à tous les tenants de nos soi-disant racines culturelles supposées immuables. Si l’arbre, comme nous, a besoin d'être ancré, ce qui le nourrit se renouvelle sans cesse ! Dont acte...)

Arbres et champignons donc, une collaboration parfaite, mais aussi un réseau extraordinaire, une sorte d'internet de la forêt... On estime que dans une forêt ancienne et intacte, sous chacun de nos pas se trouvent 500 kilomètres de ces filaments fongiques ! Mais ce n'est pas tout : grâce à ce fabuleux réseau, les arbres sont reliés entre eux et peuvent ainsi s'entraider, s'apportant mutuellement les nutriments dont ils pourraient avoir besoin (ainsi a t-on découvert qu'ils nourrissaient plus particulièrement -mais pas uniquement- leurs descendants). De la vie sociale des arbres... Avant l'homme et sa civilisation faites de villes et de routes, des continents entiers étaient reliés souterrainement sur la totalité de leurs sous-sols (3)....

Et vois-tu, ce qui me vient, c'est que si toute forêt est un immense écosystème relié, d'une complexité que nous soupçonnons à peine (la forêt c'est aussi des milliards de bactéries par exemple) ; il me plaît de penser qu'il en va des arbres comme des hommes. Nous sommes tous reliés par une sorte de conscience universelle qui nous baigne, par des milliards de fils invisibles qui se jouent du temps et des distances. Nous sommes littéralement irrigués de milliards d'informations que nous ne soupçonnons pas ! (La physique quantique commence à mettre des mots sur tout cela (4)).

Il en va de notre conception du monde comme de celle des arbres. Il y a ce que nos sens voient, et puis ce qui ne nous est pas accessible. Et c'est cet invisible à nos sens qui nous nourrit et nous abreuve ; à notre insu. Et pour comprendre cet inconnu, il y a deux voies possibles : la voie objective (représentée par exemple par la science), et la voie de l'expérimentation directe (représentée par exemple par la Voie du tambour). Et j'aime à penser que c'est dans cette approche mixte, cette voie du milieu, que nous parviendrons à trouver de belles vérités et compréhensions à partager, tant il paraît urgent de reconnecter nos liens avec le vivant... 

(1) : Emprunté à Paule Lebrun

(2) : Le Rêve de l'Arbre

(3) : ces éléments sont inspirés par un livre fondateur et fondamental ; « le Vivant comme modèle – La voie du biomimétisme » de Gauthier Chapelle chez Albin Michel. Un livre que je t'encourage vraiment à lire et qui fut pour moi une révélation. Presque l'entrée dans un nouveau paradigme.

(4) : à ce sujet, il est aussi possible de relire un texte de ce blog qui date de 2012. Tu le trouveras ici :

http://lhommeauboisdormant.blogspirit.com/tag/filet+d'indra 

18/12/2015

De choses et d'autres

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Gladys : le petit navire - 1985

 

Le philosophe Michel Serres à qui on demandait dans un entretien si, selon lui, l’homme était bon ou mauvais a répondu que l’homme était globalement bon mais qu’il suffisait de quelques personnes pour le pervertir. J’ai toujours eu cette conscience-là : que la bonté humaine était fragile et que certaines personnes, bien malades, avaient le don de l’éteindre et d’activer son opposé, à savoir la haine de l’autre. Et l’histoire regorge suffisamment de ces tristes figures pour ne pas trop y insister.

Pourtant en ce moment, le moins que l’on puisse dire c’est que les barbares de l’âme sont de retour. Et quand ils rôdent dans les parages, penser devient une gageure. Il n’y a plus partout qu’anathèmes, rhétoriques simplistes et brutalité tant physique que psychique (demander par exemple à cette jeune femme qui a cru bon –et qui a bien fait- de défendre l’action du planning familial sur son blog en pleine période électorale et qui en retour, s’est pris quelques commentaires du genre : « qu’on la tonde, qu’on lui couse les paupières avec du fil de fer et qu’on lui fasse manger de la terre ». Charmant…)

Haïr et rejeter l’autre est facile : il suffit d’en avoir l’autorisation. Et en ce moment, les donneurs d’ordre sont légion. Je ne sais exactement quelle pourrait être la réponse. Tant toute pensée contradictoire semble l’attiser. Et se retirer de ces enjeux-là est aussi trop facile, même si l’envie en est forte. Mais il y a une chose qui s’appelle la résistance et elle consiste, envers et contre tout, à maintenir présent dans le monde tel qu’il va ces valeurs qui sont les miennes : la bienveillance avant la peur, l’élan du cœur avant la haine, la pensée avant l’obscurantisme, l’accueil avant l’ostracisme, la complexité assumée des choses avant le simplisme, la connaissance et la culture avant l’ignorance… Et cela est tout sauf de la naïveté, car il est plus difficile d’aimer son prochain que de le rejeter, plus difficile de penser que de répéter des slogans, plus difficile de voir clair en soi que d’assombrir la lumière de l’autre. Période pénible : jamais je crois je n’ai été plus en colère et irrité par la bêtise ambiante, et jamais je n’ai eu autant envie de déserter l’espace public, et pourtant… Il faut rester. Rester et tenter de témoigner de ce que, jour après jour, j’essaie de cultiver : une autre reliance au monde, le partage a priori d’un sentiment partageur de fraternité avec tout être humain quel qu’il soit, un émerveillement devant le vivant, une autre mise en perspective de l’existence humaine et du chemin de la conscience, la foi en l’altérité comme source d’enrichissement, une exploration des chemins intérieurs, les tentatives si difficiles de rendre un autre monde possible… Oui, rester et témoigner, envers et contre tout. Même si en ce moment, j’ai l’impression que des propositions comme les miennes semblent inaudibles. Alors, faut-il croire en la force du murmure, en l’incroyable puissance du doux, en la persévérance du filet d’eau que rien jamais ne peut arrêter… Une sorte de maquis sans arme, un ruissellement de ruisseaux convergeant vers l’océan. Peu d’autres choses à faire que de témoigner et faire preuve de ce que je suis et deviens au fil des jours et des années.

Et puisque je n’aime pas trop cultiver le triste sombre des jours ambiants, préférant chanter la magie du monde, juste une info (mais de taille !) : ce n’est pas le cerveau qui créé la conscience ! La conscience préexiste au cerveau et lui survit. Ce n’est pas un délire sous psychotrope, mais la résultante de centaines d’études scientifiques dans le monde entier. Pas encore une certitude telle que la science la définit dans ses protocoles, mais un faisceau de faits, d’études et d’indices si importants que la chose en devient certaine (As-tu entendu parler du rasoir d’Ockam ? C’est un principe selon lequel lorsque plusieurs hypothèses peuvent expliquer un phénomène, celle qui est la plus simple et qui appuie la plus grande partie des observations est jugée la plus plausible. C’est le cas ici). J’y reviendrai bien sûr (et en attendant, tu peux lire un livre d’Olivier Chambon aux éditions Tredaniel qui s’intitule : « Oser parler de la mort aux enfants – approche scientifique et spirituelle » qui t’en dira plus. Et encore, je parle de ce livre, mais il y en a des dizaines d’autres).

Pourquoi ce coq à l’âne dans le même texte ? Pourquoi ce passage de l’éreintement du monde à la question de la conscience ? Parce que le monde est à percevoir comme un fabuleux diffuseur de programmes télé. Il y en a des milliards. En ce moment, le monde dans lequel nous vivons a choisi d’en regarder un qui est bien abîmé. Mais cela veut-il dire que les autres programmes n’existeraient pas ou seraient faux ? Bien sûr que non. Et dans l’absolu, ils sont tous en partie vrais. Nous sommes branchés sur une seule et même fréquence jusqu’à l’écœurement, alors que des milliards d’autres fréquences sont à explorer. Nous sommes dans une sorte de transe qui ne nous fait voir qu’une minuscule partie du puzzle.

Alors oui, plus que jamais, il nous revient de continuer de témoigner que d’autres possibles existent, et qu’à défaut de les trouver dans un programme abscons il serait bon d’aller les chercher en ne faisant peut-être qu’un petit pas de côté vers un autre programme. Il nous revient de tout faire pour qu’un jour le programme malade qui domine en ce moment le monde meurt de sa belle mort en priant le ciel que, justement, il fasse le moins de morts possibles. Ce n’est pas gagné, mais a-t-on d’autres choix ?

J’écris de moins en moins sur ce blog. L’impression d’avoir fait le tour quand, par ailleurs, je ne perçois presque plus de retours de la part de ses lecteurs. Je suis investi sur de « nouveaux programmes » et je n’ai pas encore parfaitement trouvé les mots pour en parler. Il faut du temps pour parvenir à se formuler notre mission de vie. Il en faut tout autant pour le développer, l’incarner et le mettre en œuvre. Je ne suis plus le même qu’il y huit ans à l’ouverture de ce blog, et si semblable dans le même temps... Noël est, in fine, la fête d’une naissance -pour nous de ce côté du globe située tout au creux de l’hiver- (qui semble avoir oublié de venir cette année !). Et je souhaite qu’à l’occasion de cette fin d’année qui fut sans doute une des pires pour ce qui concerne notre vie collective, naissent de nouvelles et belles choses qui rendraient caduques les rengaines que l’on entend en ce moment un peu partout. Difficile, mais on peut toujours rêver… En tout cas, nous en sommes responsables…

14/11/2015

Petit bonhomme

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Il y a de cela 52 ans, j'avais quatre ans, j'ai laissé en bas d'un escalier un petit bout d'enfance s'en aller de moi, parce que la violence de ce à quoi il venait d'assister lui était trop lourde à porter. Ainsi, toute notre vie, laissons nous s'enfuir des petits bouts de nous, au gré de nos peurs et de nos frayeurs. Parfois nous les retrouvons, parfois nous restons orphelins de leurs départs, chacun d'entre eux nous laissant un peu plus faibles et démunis, sauf à les remplacer par d'autres visiteurs invisibles qui viendront repeupler nos solitudes intérieures.

Il y a sept jours exactement, j'ai retrouvé cet enfant perdu que j'avais laissé meurtri au bas d'un escalier de la rue de Bercy dans le douzième arrondissement à Paris.
Une semaine après ces retrouvailles, la ville où cet enfant avait commencé à grandir a subi dans sa chaire la folie meurtrière de fous déments au cœur vide. Que dire alors à cet enfant revenu des limbes ? Quels mots offrir au-delà des phrases toutes faites ? Que dire à un enfant pour qu'il ait encore et malgré tout le goût de vivre, de grandir et d'aimer ? Voici ce qui m'a été soufflé.

"Petit bonhomme, en tes quatre ans, il y a maintenant longtemps, tu as eu tellement peur de la violence du monde que tu as fait le choix de partir. Et au moment où tu reviens bien des années plus tard, une autre vague de haine, de sang et de morts vient inonder notre monde. Cela est, malheureusement, la vie des hommes, la folie des hommes. Mais sache qu'il y a aussi l'amour, la tendresse et la joie. Hein Petit bonhomme... Un rien peut nous tuer, quelques grammes de métal, un chagrin d'amour, une maladie... Mais il y a l'amour, la joie, le fait que nous soyons ensemble. Je te prends dans mes bras, Petit bonhomme. Je veille sur toi et nous veillons les uns sur les autres. Comme ce matin au réveil où chacun faisait le tour de ses proches, comme un inventaire pour s'assurer que tout le monde était bien là. Dans beaucoup de familles il en manquait ce matin et cela est insupportable. Que pouvons-nous faire qui soit à notre portée ? Prendre soin de chacun, apprendre, grandir. Pour faire cela il faut être fort et nous avons tous en nous beaucoup de peurs et de chagrin. Mais vois-tu Petit bonhomme, il ne faut pas faire disparaître ce chagrin comme par enchantement ; il faut le traverser. Il faut sentir en soi les brûlures de notre cœur, sentir en nous la fragilité. C'est la condition pour être forts et aimants. Les tueurs, ceux qui veulent imposer leurs lois par la mort, ont le cœur sec et insensibilisé. Certains ne trouvent que la haine pour remplir le vide froid de leur cœur. C'est à chacun de faire la paix en soi. Et si la guerre est parfois inévitable, elle doit être faite pour la paix et pour de belles valeurs respectueuses de l'autre et non par haine. Oui, il y a la joie et l'amour. Et puisque l'on parle d'amour, sache que rien ni personne, ni l'amour, ni la foi, ni les certitudes, ne sont là pour combler le vide de nos cœurs et de nos insatisfactions. L'amour est là pour honorer la vie, pas pour combler son battement trop faible en nous. Tu es revenu, Petit bonhomme dans un monde exténué, harcelé par des dingues qui n'ont plus que le goût du sang et le nom de leur dieu qu'ils ont dévoyé pour le réduire à leur image. Mais saches Petit bonhomme que la capacité de ton cœur est infinie. Que l'univers est infini, que l'amour est infini. Et qu'il nous revient d'en prendre soin comme je prends soin de toi depuis que tu es revenu dans ma vie, parce que chaque être est une promesse d'amour qu'il convient d'honorer et d'aimer. Ce qui t'attend est difficile mais cela en vaut la peine quand même. Parce que le monde des hommes comme il va est difficile. Insupportable même. Mais il y a la beauté de la vie et ses élans du cœur qui nous lancent l'un vers l'autre comme des ballets d'étoiles filantes les nuits d'été.

Et puisque les artistes sont porteurs d'une parole qui peut guérir (et c'est sans doute pour cela que les fous dont il est question ici ont tué des jeunes gens qui voulaient juste honorer la vie en eux par la musique), je laisse la parole à un grand diseur de choses essentielles, Henri Gougaud :

Je connais des gens qui prennent la Vie en horreur sous l'étrange prétexte que le monde leur déplaît. Comme si le Monde et la Vie étaient sortis jumeaux du même ventre ! Le Monde n'est que le lieu où la Vie s'aventure. Il est rarement accueillant. Il est même, parfois, abominable. Mais la Vie ! L'enfant qui apprend à marcher, c'est elle qui le tient debout. La femme qui apprend les gestes de l'amour, c'est elle qui l'inspire. Et le vieillard qui flaire devant lui les brumes de l'inconnaissable, affamé d'apprendre encore, c'est elle qui tient ses yeux ouverts. Elle est dans la force de nos muscles, dans nos élans du cœur, nos poussées de sève, notre désir d'être et de créer, sans souci de l'impossible. « Impossible est impossible » Voilà ce que dit la Vie ! Avez-vous déjà vu une touffe d'herbe verte s'étonner de sortir d'une fente dans le bitume ? " (in « Les 7 plumes de l'aigle »).

Oui Petit bonhomme, tu es à ta manière cette touffe d'herbe verte poussant dans une fente de bitume, entourée de la sécheresse vide de certains cœurs sans amour, mais en toi rugit un mystère que personne jamais n'a encore percé. C'est ce mystère-là que nous devons habiter toi et moi. Celui-là et celui de l'amour qui nous dit que chaque être humain est frère, à la fois semblable et dissemblable. Reste avec moi, avec nous, Petit bonhomme. Nous avons besoin de ta présence et des promesses que tu portes en toi. Nous, confrérie des hommes et femmes de bonnes volontés veillerons sur toi et ensemble nous ferons de grands brasiers de joie et d'amour qui parfois remplaceront ceux de la guerre. Oui, reste Petit bonhomme... Reste... Et comme le dit le grand poète chanteur : « 
N'oublie pas qu'il n'est pas de plus grand malheur que de laisser mourir le rire dans ton cœur ». Envers et contre tout. Oui, envers et contre tout. Ce qui différencie le fraternel de l'assassin, c'est juste la présence bienveillante de l'autre en lui. Alors cultivons-la. Nous le ferons. Ensemble, toi et moi."

 

Et puisque, mystérieusement et contre tout attente, j'ai cette chanson dans la tête depuis ce matin, je la joins à ce texte. Comprenne qui pourra...

 

11/11/2015

De la grâce

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Photo : Romualdas Rakauskas

 

Rien ni personne, jamais, ne peut convoquer la grâce. Elle vient quand bon lui chante et repart quand elle le juge bon. Étymologiquement, la grâce est une faveur qui réjouit. On peut toujours demander une faveur, on ne l'obtiendra pas pour autant. La grâce passe et laisse dans son sillage comme une terre brûlée par la lumière. Par notre inexpérience à la faire résonner dans nos vies une fois partie, on se regorge de la nostalgie de son passage ; on ne se satisfait plus de l'apparente banalité des jours qui la suivent. La grâce passée devrait faire chanter ce qui lui succède, on ne sait que la regretter. Elle nous élève au plus haut ; nous n'en gardons que la chute.


J'ai connu, comme tout le monde je pense, de grands moments de grâce : des étés dont je me souviens, des corps qui fusionnent, la musique qui plane et semble soudain animée de sa vie propre, quelques textes, des moments pendant les contées, un grand nombre de voyages sur la Voie du tambour, l'assise silencieuse de zazen...
Il en va de la grâce comme de l'amour. Quand il prend fin, on ne consent qu'à en conserver la blessure et l'on peine à n'en garder que la lumière qu'il nous offrit. L'amour est une grâce qui vient sans qu'on ne le convoque et qui s'en va parfois à l'insu de nous.


J'ai connu grâce à l'amour de grands moments de grâce et j'en vis encore. Ai-je assez remercié pour ces instants ? Je ne le crois pas. Ai-je trop ressassé la souffrance de leur perte ? Oui, c'est bien possible.
Nous sommes des nostalgiques insatiables de la lumière perdue. Nous souffrons de ne pas la trouver, nous peinons qu'elle s'en soit allée. Pourtant, chaque moment de grâce qui nous advient est un cadeau de la vie que nous devrions chérir, justement parce qu'il ne peut durer, et que les motifs de sa venue nous échappent à tout jamais. Nous sommes par la grâce des visités, nous qui ne pouvons nous penser que comme visiteurs. « La Visitation » est un bien joli mot qu'il faudrait nettoyer de son sens tout fait.


Il nous revient d'apprendre à honorer le départ de la grâce comme nous le faisons de sa venue. Quand un ange passe, apprenons à lui dire « au revoir, à bientôt » et à faire chanter le souvenir lumineux qu'il nous laisse, plutôt qu'à hurler la peine de son éloignement.


L'amour qui nous traverse ne vient pas de nous. Il nous est offert. Il est une grâce qui s'en va quand sa vibration en nous peu à peu s’éteint. Oui, nous sommes des visiteurs visités auxquels tant de choses échappent. Parfois dans des culs de basses-fosses et parfois dans des orgies de lumière qui nous laissent en béatitude.


Apprenons la gratitude et la reconnaissance de ce qui est venu, plutôt que les regrets de ce qui s'en est allé. Acceptons l'éphémère de la beauté et de la grâce. Apprenons à chanter ce qui s'en va plutôt qu'à le pleurer. Honorons la grâce quand elle nous visite. Saluons-la bien bas quand elle s'en va en visiter un autre... 

06/11/2015

monsieur H

jacques higelin

 

Parfois, la force d'une situation ou la puissance émotionnelle d'une personne suffisent à perforer notre cuirasse, si assidûment renforcée, pour nous connecter à notre humanité la plus profonde. Une sorte d'accès à une source très profondément enfouie et qui d'un coup remonte telle un geyser.

J'écris cela parce qu'avant hier soir, je me suis fait une soirée Jacques Higelin et que je ne crois pas avoir laissé couler autant de larmes de mes yeux depuis des siècles.

J'ai d'abord regardé le documentaire de Sandrine Bonnaire, puis la captation de son concert avec orchestre à la Philarmonie de Paris pour ses 75 ans.

A le voir et l'entendre, on sent qu'il est entré dans cet espace de l'âge ancien où les mots commencent à s'échapper et parfois la mémoire aussi. Quelque chose qui a à voir avec l'enfance, lui qui ne l'a jamais vraiment quittée. Je connais peu d'homme qui habite à ce point ses émotions et c'est sans doute cette sincérité sans fard qui touche à ce point. Dans le documentaire, il y a deux moments bouleversants lorsqu'il revoit un film en noir et blanc dans lequel il a joué à l'occasion d'une permission pendant la guerre d'Algérie. Le film se passe à Saint Nazaire. A un moment, on le voit endormi torse nu dans un lit fermé par un rideau. Il a la beauté insolente des corps jeunes. Une jeune femme alors entre, filmée de l'intérieur du lit, et l'on voit alors son sourire lorsqu'elle écarte le rideau et découvre le jeune homme endormi. Cette comédienne deviendra le premier grand amour d'Higelin, celui à qui il écrivit « Lettres d'amour d'un soldat de 20 ans », celle qui le forma intellectuellement et amoureusement. Le visage de Jacques est filmé lorsqu'il regarde ce film, et son visage, mon dieu, son visage lorsqu'il revoit le visage de cette femme s'illuminer le découvrant derrière le rideau ! Ce visage... Jamais, je crois, il ne m'a paru ressentir autant d'amour et de lumière dans un sourire. Jamais... Un sourire qui contiendrait toutes les promesses du monde, passées, présentes et à venir. Et puis ce moment où il se revoit jeune avec Henri Crolla, l'homme qui lui apprit la guitare et la musique.... A la fin de la projection, il dit juste : « ça m'a fait du bien ». Sans doute faut-il régulièrement revisiter ses fantômes et ses rêves. On le voit retrouver cette femme maintenant âgée et qui semble ne plus parler. Ils se frottent la tête, il lui caresse les cheveux, ils se sourient... Et toi tu pleures.

J'ai découvert Jacques Higelin sans doute en 1976 avec l'album BBH 75. Un prof de français me l'ayant fait découvrir (oui, tu sais de ces profs dont tout le monde rêve...). Un choc tellurique. Personne d'autre à l'époque n'avait jamais fait ça. Ensuite je l'ai suivi, perdu, retrouvé. Vu je pense plus d'une dizaine de fois en concert, creusé ses vynils à force de les écouter A la vision du documentaire, je me suis rendu compte que j'avais oublié ce qu'étaient vraiment ses concerts et ce qu'il y était : une sorte de feu-follet incandescent et risque-tout qui répondait quand on lui demandait pourquoi il faisait des concerts de trois heures : "une heure pour faire connaissance, une heure pour être ensemble et une heure pour se dire au-revoir". Un funambule de génie qui parfois tombait et retombait et à d'autres traversait des ciels où peu s'étaient aventurés.

Je l'ai rencontré une fois pour l'avoir programmé à l'occasion de sa tournée Trénet. Quelques échanges pudiques et respectueux. Au restaurant avant le concert, il avait invité un jeune couple attablé à côté à son concert. Tu penses qu'ils ont du sacrément s'en souvenir... A la fin du concert lors des remerciements de circonstance il m'avait qualifié de « dernier rempart avant Dieu ». Ça m'était resté. Le concert avait été beau, la salle était située dans une ville située près de la ville de son enfance en Seine et Marne et cela avait sans doute contribué.

En y réfléchissant l'autre soir, je me suis dit que plus que tout autre, cet homme m'avait appris à aimer la vie. Et crois-moi ce n'était pas gagné. Que l'on pouvait être presque au même moment dans la jouissance du vivre et dans les abîmes du désespoir le plus noir. Oui, c'est grâce à lui que je me suis dit que la vie était aimable et qu'il me revenait de m'y atteler. Cadeau énorme n'est-ce pas ? Je sais être entouré de compagnons, et compagnes, de route ; chanteur, musiciens, écrivains... Nous vieillissons ensemble et chacun témoigne à sa manière en enseignant et renseignant l'autre au passage.

Lui qui a dit qu'il y avait deux sortes d'artistes, « ceux que l'on applaudit et ceux que l'on remercie », je ne sais si il mesure à quel point il est aimé de son public. Au concert à la Philarmonie, il était comme un enfant. Un vieil homme presque fragile, au bord des larmes, avec ces prompteurs partout pour lui rappeler ses propres textes. Mais cette présence, cet amour du public, palpable, vivant, poignant... Et ce lien avec sa fille Izia, en larmes sans que l'on ne sache trop pourquoi et pourtant si belle ; et lui comme irradié et dissous de tendresse l'enlaçant et lui murmurant « mon ange, mon ange »... A la fin du concert, il se mit en sortie de scène pour remercier les musiciens de l'orchestre un à un, puis il demanda au public : « est-ce que vous êtes heureux ? ». Je n'ai jamais entendu un autre artiste demander ça à son public en fin de spectacle. Et pourtant, in fine, y aurait-il une autre question à poser ?

Pour illustrer ce texte, j'ai choisi « Alertez les bébés ». J'aurais pu choisir cinquante autres chansons. J'ai choisi celle-ci parce qu'il raconte qu'il en a écrit le texte touché par une violente fièvre et d'un seul trait, comme s'il lui avait été dicté. Plus tard, il s'est mis au piano pour en faire la musique. Il était alors en studio et a demandé, comme pris d'une prémonition, au sonorisateur de brancher tous les micros. Il a fait une prise. Une seule. Créant la musique et le chant en un seul souffle d'inspiration quasi mystique.

Merci monsieur Higelin. Je vous aime.  

 

27/10/2015

Des pommes !

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Après une vision de ce type, impossible de se dire après "qu'espèce de courge" puisse être une insulte. Mais bien plutôt un compliment !

 

Au cours d’un voyage sur la Voie du tambour, il lui avait été soufflé de prendre une pomme dans sa main et d’écouter ce qu’elle avait à lui dire. Cela tombait bien, il était sur les terres de l’Émerveillée et en cet automne tardif et foisonnant, la nature regorgeait de fruits et de couleurs à en perdre la tête.

En contre-bas de la maison, il y avait un verger planté de quelques pommiers appartenant au voisin qui, trop âgé pour les cueillir, donnait les pommes à qui les ramasserait. L’herbe en était jonchée ; c’était pour faire du jus, peu importe qu’elles soient parfaites, et en à peine deux heures à deux, ils en ramassèrent 150 kilos. Seul un moment, en cette matinée d’automne si belle, il prit donc une pomme dans sa main droite tout en touchant le tronc de sa main gauche. Et ce qu’il sentit, c’est une immense bouffée d’amour. Il sentit l’amour de cet arbre et sa générosité ; toute son énergie, absolument toute, consacrée à produire des graines à profusion de manière à ce que la vie se perpétue au-delà de lui. Chaque graine, chaque fruit étant un cadeau de la vie à elle-même dans une sorte d‘abondance mirifique profitant à tous : chevreuils, oiseaux, insectes, hommes… Des kilos et des kilos de vitamines, de vie, de jus, de fruits à venir… Et en chaque pomme un condensé d’énergie colossale, un mini big-bang, un arbre entier en germe et des centaines de milliers de fruits à venir… Il en faut de l'amour pour produire tout cela...

Qui n’a jamais pressé des pommes ne peut savoir l’extraordinaire jouissance à voir ces litres et ces litres de jus couler. Une sorte de corne d’abondance infinie qui, somme toute, nécessite une technologie simple pas encore greffée d’intelligence numérique : un broyeur, une presse à main, quelques bacs, une machine à pasteuriser, quelques tuyaux aboutissant à quelques robinets d’où jaillit alors un jus doux, sucré et encore chaud. Un nectar, une quintessence de pomme. Il faudrait, oui, apprendre à nos enfants cette générosité de la nature envers nous, cette offrande accessible à qui simplement peut faire l’effort de se baisser, ces cycles du vivant si parfaitement synchronisés…

Le lendemain, le Voyageur et l’Émerveillée en ses terres sont partis faire une grande promenade dans les monts et vallées environnant. Une contrée encore préservée de la folie des hommes qui ont su y rester des jardiniers respectueux. Une longue descente sur un chemin de pierres serpentant vers une vallée en contrebas creusée par une rivière. Un endroit hors du monde, peuplé de chevreuils, d’oiseaux rares et de sources restées sauvages et libres. Au bout du chemin, une source réputée miraculeuse se jetant dans la rivière à proximité d’une chapelle construite pour honorer la source de ses bienfaits. Fatigue dans les jambes (le Voyageur est encore un homme des villes à l’activité plutôt sédentaire a contrario de l’Émerveillée qui elle, se déplace tel un cabri). Souffler, déposer dans la source quelques pierres pour les purifier, s’asseoir sur un muret de pierres, écouter le silence et le vent qui souffle. Sentir la paix descendre en soi, se réjouir des caresses des feuilles du noisetier tout autour de sa tête et de ses épaules comme un soin énergétique délibérément voulu par une conscience inconnue, poser ses mains sur la pierre et puis sentir en soi, comme il le voit lors de ses voyages au tambour, la présence d’une entité féminine, comme une sorte d’hologramme lumineux ayant forme de femme ondine, qui lui parle dans le secret du cœur. Un moment rare qui, mêlé aux soins du noisetier fut comme un rituel de guérison du cœur et de l’âme. Comme si quelque chose s’était ouvert en lui.

Quelques jours plus tôt, toujours accompagné de l’Émerveillée en ses terres, il avait eu l’occasion de rencontrer un homme venu de loin, et pour quelques jours seulement. Un de ces hommes encore à la source de la Voie du Tambour qui avait bien voulu le recevoir en consultation. De cette séance, il n'en dira rien ; certaines choses ayant obligation de silence pour faire leur œuvre dans le secret de l’âme. Simplement dire que cette rencontre fut une confirmation, une validation sans aucun doute, de ce qu’avait maintenant le Voyageur à vivre et à faire. Avant, il avait un travail à faire, maintenant il avait une mission. Une mission pour laquelle il se sentait prêt. Difficultés de langues différentes obligent, il ne savait pas exactement ce que cet homme avait fait. Tout juste savait-il ce qu’il avait dit grâce à une interprète. En tout cas, il sentait que des chemins et des espaces jusque-là obstinément fermés s’étaient ouverts en lui. Et les connexions avec la pomme, puis avec la fée de la source, en étaient la matérialisation.

Et comme parfois, la Vie vous permet d’éprouver dans les faits ce qu’elle vous murmure avec son langage à elle, en cette semaine dans ces terres du sud-ouest qu’il aime tant, le Voyageur eut à maintes reprises l’occasion de mettre en pratique ce pour quoi il était dorénavant fait. Un apprentissage dont le principal obstacle était le doute…

La nuit suivant la rencontre avec la fée de la source, ou celle d’avant, il ne sait plus, le Voyageur fit un rêve. Il rêva qu’il était un enfant dans un monde en crise, peut-être en guerre. Sa famille avait disparu et il était seul. Un homme alors s’approchait de lui, lui tendant une sorte de livre-coffret à la couverture blanche avec dessus comme des lettres brodées à la main, et lui disait :

- Dans ce livre, tu trouveras tout ce qu’il faut, clés, indications… pour te rendre en un appartement que nous avons trouvé pour toi et dans lequel tu pourras te cacher en attendant que tout cela se termine. Tu y seras en sécurité.

Le livre était beau, le moment solennel et l’enfant qu’il était prit le livre, ce qui mit fin au rêve.

A son réveil, le Voyageur reçut un moment ce rêve comme expression d’une angoisse à la limite du cauchemar. Puis, en parlant et réfléchissant, il finit par en comprendre le sens : en ce monde fou et désordonné, un homme qu’il ne connaissait pas lui avait remis les clés d’un lieu dans lequel il ne craindrait plus rien. Non pas un lieu uniquement pour se protéger, mais aussi un lieu pour accomplir ce qu’il avait à faire, sans crainte, même si le prix à payer était un éloignement de sa "famille" d'origine. Un lieu secret protégé de la folie du monde. Et « on » avait fait ça pour lui, comme un cadeau d’entre les mondes pour l’aider et l’inciter à faire ce qu’il avait à faire sans risquer d’être affecté par cette folie-là. Un cadeau en somme. Comme les pommes. Un livre dans lequel serait consigné ce dont le Voyageur avait besoin de savoir pour vivre, avec les clés d’accès à l’intérieur. Une transmission d’entre les mondes et dont le rêve serait le messager…Sur la voie du Tambour tout est don et contre-don, abondance pour celui qui donne et qui reçoit…

Des pommes, une fée, une rencontre venue d'ailleurs, un rêve, un livre magique, la possibilité d'exercer ce qu'il a à faire... L'automne est une saison féconde pour ceux qui savent s'y installer...

03/10/2015

équinoxe

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Cela était arrivé au Voyageur plusieurs fois : à chaque fois qu'il s'était retrouvé face à l'absolu évidence du merveilleux ou du miraculeux dans sa vie; il avait regimbé. C'est un paradoxe de l'être humain, qui aspire au merveilleux mais se refuse à y croire pour peu qu'il y soit confronté vraiment. On le sait prêt à croire à en effet à peu près n'importe quoi, mais lorsque arrive ce dont il a toujours rêvé il met alors en place tout un système de défenses, comme si l'important était de croire plutôt que de voir.

Comme conscient de la chose, ce qui se trame à notre insu a pourtant souvent l'obligeance de revenir par deux fois pour nous convaincre. Comme cette fois où après avoir battu les cartes du Tarot pendant plusieurs minutes, le Voyageur s'était retrouvé face à un jeu impeccablement rangé dans l'ordre numérique du 1 au 22. Sur le coup, il n'avait pas réussi à y croire, élaborant les hypothèses les plus improbables pour justifier la chose. Mais le lendemain, rebattant les cartes en faisant très attention à ce qu'il faisait, il s'était retrouvé à nouveau face à un jeu impeccablement classé, non pas du 1 au 22 -il faut savoir rester raisonnable-, mais du 6 au 22 ; ce qui est quand même là encore tout-à-fait improbable. Comme une façon de lui dire : bon d'accord, tu n'as pu y croire hier, mais là cette fois-ci tu ne pourras faire autrement.

Cette situation consistant à « ne pas vouloir croire à l'absolu évidence du miracle en attendant une preuve supplémentaire » lui était à nouveau arrivé il y a peu.

C'était un jour faste cumulant équinoxe d'automne et pleine lune, auxquelles s'ajoutait le lendemain une éclipse totale de lune. Le Voyageur était dans le royaume de l’Émerveillée en ses Terres, terres qui rarement avaient été aussi puissantes. Dernières profusions de l'été en ce début d'automne avant la plongée dans le noir blanchi de l'hiver, infinies variations des nuances de couleurs, été indien réchauffant pierres, bêtes et végétaux avant le froid à venir.

Était prévue le soir une rencontre de compagnonnage entre personnes sur la Voie du Tambour. Sur un terrain en esplanade de l'horizon avait été installé un cercle de pierres pour le grand feu du soir et le Voyageur en ce milieu d'après midi s'occupait à terminer l'installation du lieu en y apportant du bois. Il était prêt du cercle de pierres lorsqu'il entendit le premier cri. Reconnaissant un cri d'aigle, le cœur battant il leva la tête et vit alors, là, juste à la verticale du cercle de pierres TROIS aigles planant dans le ciel. Oui, pas un : trois ! Ils ont survolé le lieu, puis un est parti dans une direction et les deux autres dans une autre. Des aigles, le Voyageur en avait déjà vus, mais un seul à la fois ; pas trois...

Émerveillé, troublé, le Voyageur se sentit presque... déstabilisé. Cela était comme trop beau, trop évident, trop facile... Et pourtant le langage de la Vie à notre encontre est souvent simple. Une réunion sur la Voie du Tambour ? Elle envoie trois aigles en éclaireur comme une bénédiction de ce qui pourra s'y passer. Quoi de plus simple ?

Mais le Voyageur est un obtus malgré toutes les portes ouvertes en lui. Il ne se sentait pas d'accepter la chose dans sa simple évidence...

Là-dessus, les compagnons d'un soir se sont retrouvés autour du cercle de pierres et de son feu au milieu et se sont installés. C'était la toute fin de l'après-midi, la chaleur avait fait place en quelques instants à une fraîcheur obligeant aux pulls, et tous étaient déjà dans la magnificence et l'attente pleine et dense de ce moment de bascule sublime qui verrait à un coin de l'horizon le soleil se coucher dans sa flamboyance irradiescente, et de l'autre, énorme et basse sur l'horizon, la lune se lever. De là où ils étaient, ils pourraient voir les deux (1). Et c'est dans cette attente patiente et tranquille bercée par le chant du tambour qu'est arrivé le deuxième signe. A gauche du soleil se couchant, et alors qu'il n'avait pas plu depuis longtemps, un arc-en-ciel vertical est soudain apparu comme une preuve tangible de l'absolue évidence du miracle. « Oui, trois aigles sont bien venus cet après-midi et pour finir de te convaincre, o malheureux crédule sceptique, je t'offre cet arc-en-ciel »,

C'est à ce moment que ce qui restait de réserve et de doute dans le cœur du Voyageur s'est dissipé pour ainsi dire presque au même rythme que l'arc-en-ciel lui-même s'estompait, peu à peu englouti dans la rougeoyance du soleil couchant.

Dans le même temps, la lune est apparue, basse, énorme et ronde au-dessus des arbres, en ce jour où la longueur du jour était très exactement semblable à celle de la nuit. Plus tard, à l'ombre des confidences échangées on y verrait presque comme en plein jour.

Parfois, le Voyageur se disait que le travail qu'il lui revenait de faire pourrait peut-être se résumer à une seule chose : apprendre à accepter la présence des miracles au même titre qu'il acceptait la pluie qui tombe ou le soleil qui se couche. Car derrière cette acceptation, il y a la compréhension que tout est lié. Que les bête, les arbres, les herbes, les pierres et les âmes sont toutes reliées entre elles par un tissage dont nous ne percevons que quelques écheveaux épars s'effilochant au gré du vent...

 

(1) : voir photo de la bannière en haut !