02.07.2009
une extorsion
"Toutes ces histoires que je fais n'ont peut-être pas d'autre but que de vouloir extorquer au monde extérieur ce qu'en ce moment je ne peux pas obtenir de moi-même. Et on peut, avec ce genre de comportement, empoisonner ses meilleures relations. Tu devrais t'enfermer dans une cellule nue et rester seule avec toi-même assez longtemps pour te reprendre et imposer le calme à tes tendances hystériques".
Etty Hillsum "Journaux et lettres 1941-1943" Opus Seuil.
(Cette phrase étant citée pour sa pertinence et sans reférence directe ni à moi-même ni à qui que ce soit d'autre)
22:08 Publié dans citations | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : etty hillsum
01.07.2009
du haut vers le bas et vice versa
Il arrive parfois que l'on se découvre des ignorances étonantes.
Ainsi ai-je appris en écoutant la radio quelques chose que j'ignorais et qui pourtant avec le recul semble évident.
Je savais que la terre tourne sur elle-même et autour du soleil.
Mais j'ignorais que la galaxie à laquelle nous appartenons tourne aussi sur elle-même en même temps que les milliards d'autres galaxies qui existent dans l'univers.
Ainsi, la terre ne repasse jamais au même endroit. Jamais.
En parlant à un collègue tout étonné de ma découverte, il m'a expliqué que si nous savons que l'univers tourne sur lui-même, nous ignorons où est situé son centre de gravité et que par ailleurs certains se demandent en quoi une énorme météorite percutant une autre galaxie pourrait éventuellement dérégler cette circulation.
En fait, au vu de l'énormité de simplement notre galaxie, nous tournons à l'infini dans l'espace interstellaire.
Du très haut vers le très bas, il n'y a parfois qu'un pas.
Ainsi, cette vieille dame dans un documentaire hier à la télé.
Elle expliquait que son bonheur était, confortablement assise dans son fauteuil, d'observer tous les oiseaux venant à sa fenêtre. La journaliste lui demandant ce qui la touchait, elle répondit :
- Les formes. Me demander qui décide des formes. Pourquoi celui-ci à des plumes bleues, pourquoi celui-ci a le cou rouge ou est plus petit. C'est comme les crocodiles, qui décide de leur forme ? Tenez, voyez ce petit oiseau avec son bonnet rouge...
Et elle ajoute,
- Attention hein ! ce que je dis là, c'est pas du comique hein ! C'est du magnifique !
Se demander qui a décidé que les galaxies tourneraient dans l'espace. Et puis se dire qu'un jour je pourrais faire un spectacle qui s'intitulerait "C'est pas du comique c'est du magnifique", ou pourquoi pas "tourner à l'infini sans jamais repasser au même endroit".
En attendant, enfin, un peu de fraîcheur, parce que cette chaleur, cette chaleur...
22:19 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
25.06.2009
c'est l'été
Henri Cartier Bresson
"L'araignée d'amour"
Il fut un temps, sur d'autres blogs, au cours desquels j'ai beaucoup écrit de textes érotiques. Ils étaient pleins d'une sève vigoureuse et se plaisaient à appeler un chat un chat.
J'avançais alors masqué sous des identités d'emprunt et cela était somme toute bien confortable. Ce blog est public, j'ai du garder des pudeurs de jeune garçon, il n'y a donc pas de sexe sur ce blog.
C'est pourtant l'été. Il fait chaud, les seins des femmes se prennent d'envie d'aller prendre l'air, les tissus s'essaient à la transparence, les cuisses s'émancipent pour gambader à nu, les phéromones sont de sortie et peu sont ceux qui y échappent.
Comme l'autre midi.
Assis à la terrasse d'un café à l'heure du déjeuner, je regardais la vie qui passe.
Il y eut alors cette femme, grande, à la large charpente qui est passé. Et comment dire... cette femme avait un fessier, majestueux tout autant qu'imposant, rond et charnu qu'il serait malaisé de ne pas dénommer un cul. Un cul sublime, non pas gros, mais d'un charnel à faire damner un saint.
Un chef d'oeuvre de la nature, qui plus est moulé dans une jupe blanche un peu transparente et dans laquelle l'heureuse propriétaire avait déposé ses mains dans les poches, tirant un peu plus le tissus et mettant d'autant plus en valeur le cul sublime en question.
C'est alors qu'est apparu un vieux monsieur, un papy dirais-je. Il était vétu d'un polo en acrylique et on imagine sans peine qu'à quelques années d'intervalle il aurait arborer un magnifique Marcel. Son nez était chaussé de petites lunettes fines.
J'était là, assis à contempler mon monde et puis d'un coup, je l'ai vu voir ce cul magnifique. Et, je l'ai vu pris d'un coup, d'un sourire, mais d'un sourire... de bienheureux. Ses yeux se sont mis à briller et je l'ai vu pour quelques pas, engager ses pas dans les siens.
Ce sourire aurait pu être graveleux. Et si j'en parle c'est parce qu'il ne l'était pas. C'était le sourire heureux d'un gamin qui se verrait offrir une gourmandise à laquelle il ne s'attendait pas.
Toujours assis, au premier rang de mon petit monde je me suis aussi mis à sourire. A sourire de bonheur pour le sourire touchant du vieux papy et à sourire de plaisir pour avoir moi aussi, l'espace d'un instant m'être mis à divaguer un midi, à la vue d'un cul dans un centre commercial...
C'est l'été que voulez-vous...
21:20 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
24.06.2009
le remplaçant
"Il me disait aussi, sans jamais perdre le moral, qu'il était vieux, très vieux, qu'il en avait assez. Il ne désirait pas mourir, pas particulièrement, mais il ne se révolterait pas si cela devait arriver. Ce qu'il craignait, c'était de voir mourir les autres, les plus jeunes que lui. Il redoutait l'obscénité de sa longue présence sur terre. "Tout ce que je demande, me confiait-il, c'est que les jeunes ne meurent pas." En sortant de chez lui, je faisais bien attention de traverser les passages cloutés, je me tenais à la rampe dans le métro, je prenais soin de moi.
Il; pensait ce qu'il disait. Il avait mourir sa femme et tous ses amis. Il était le dernier des Mohicans, seul rescapé dans sa tour de vingt étages. Il pensait à eux, à sa bande de potes, les snobs et les sympas, les poètes et les artisans, tous ceux qu'enfant je croisais à l'heure du goûter. Ils m'embrassaient en inspirant fort par les narines pour inhaler le parfum de santé que dégage le crâne des petits, puis se laissaient tomber sur le canapé en soupirant Oî veï, calaient un demi-sucre entre leurs dents et l'inondaient de thé brûlant."
Le Remplaçant d'Agnès Desarthe, éditions de l'Olivier, collection Figures Libres, page 51.
"Le remplaçant", un petit livre (87 pages) énorme. Le livre le plus poignant, le plus drôle, le plus évident et le plus imprévisible que j'ai lu depuis... pfut !
Pour en savoir plus, aller ici
20:30 Publié dans Lire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : le remplaçant agnès desarthe
23.06.2009
nos rêves seront aussi beaux que nos jours
Il y a ainsi des nuits qui illuminent nos jours.
Dans un rêve, je discutais avec un homme d'église, un moine à l'allure noble et robuste portant une robe de bure marron clair dotée d'un grand col blanc retombant sur les épaules.
Alors que je lui demandais quelques conseils d'ordre spirituel, il s'est penché vers mon oreille et m'a dit quelque chose comme :
- Le sacré immobile.
Je dis "quelque chose comme" parce que je ne me rappelle pas exactement. Peut-être était-ce "le merveilleux sacré", en tout cas quelque chose d'approchant. Cette réponse m'était offerte comme une révélation somptueuse.
Et là je dois dire que je m'en suis réveillé, baignant dans un sentiment de béatitude comme jamais je crois je n'en ai ressenti de ma vie. Je me souviens de mon sourire aux lèvres et de mon coeur battant la chamade de gratitude.
C'était comme une révélation parfaite et comme toute révélation une libération soudaine de l'âme qui en exultait.
J'ai hésité bienheureux à me lever pour le retranscrire. Mais j'ai préféré rester dans ma joie jusqu'à me rendormir.
Un peu plus tard, j'ai fait un autre rêve. J'étais dans une vieille maison en travaux avec un groupe de conteurs. Deux hommes y travaillaient reprenant le plancher de bois. Sur des étagères, il y avait des centaines de mouches noires posées sur de curieuses structures végétales, dont des herbacées d'un bleu Klein magnifique.
Un des deux hommes qui travaillaient nous dit alors que ces plantes étaient des alicantes et que toutes ces mouches partiraient lorsque les travaux seraient terminés.
Il y a ainsi des nuits qui nous décrassent l'âme comme des poêles frottées au sable.
Ce matin, dans la voiture, il y avait Juliette Gréco qui disait qu'à la fin de la guerre elle était devenue muette. Elle sortait de prison, sa mère et sa soeur avait été déportées et elle ne percevait plus la nécessité de parler.
Elle raconte que Boris Vian, qu'elle trouvait très beau, lui avait dit de passer le voir le soir et qu'il serait chez lui. Elle y est donc allée. Ils s'asseyaient sur un canapé, il passait son bras sur le canapé derrière sa tête et il parlait, parlait, parlait pendant qu'ils regardaient assis le jour tomber et la nuit advenir. Et ainsi pendant des jours et des jours, jusqu'à ce qu'un jour, presque à son insu elle lui réponde... Elle dit maintenant que c'est lui qui lui a redonné la parole.
Il y ainsi des moments où jours et la nuits conspirent pour nous murmurer à l'âme la somptueuse merveille que pourrait être toute vie...
07:45 Publié dans graines du jour | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
21.06.2009
la rencontre
C'était une nuit d'été de pré solstice. Elle revenait d'une soirée de contes au cours de laquelle des passionnés avaient offert à la fraîcheur du soir quelques histoires qui s'en étaient allées directement parler avec les étoiles.
Elle rentrait contente du travail accompli. La nuit était douce, elle conduisait une voiture qui n'était pas la sienne et avait ouvert la vitre pour sentir sur son visage le souffle de l'été, repensant à la soirée. C'était un de ces soirs où ce qui avait été donné avait été rendu au centuple et elle se sentait légère.
C'est après un hôpital et dans une zone d'activité, qu'elle a vu la forme sur le bas côté de la route. C'était un chat tout agité de soubresauts et qui essayait déséspéremment de se remettre sur ses pattes.
Sans réfléchir, elle s'est arrêtée. Elle avait gardé de son enfance et d'un père vétérinaire une sorte de bienveillance fougueuse pour tout ce qui porte plumes ou poils et des gestes pratiques qui ne l'avaient jamais quittée. L'animal venait sans doute de se faire heurter par une voiture qui s'était empressée de continuer sa route.
Le chat ne saignait pas et cela n'était pas bon signe. Elle savait que son intérieur devait être littérallement éclaté et qu'il lui restait peu de temps.
Précautionneusement, dans la nuit qui d'un coup hurlait, elle a pris le chat et l'a déposé sur le trottoir. Elle sentait sous ses doigts sa vie qui s'en allait. Elle est restée là un bon moment essayant de lui transmettre un peu de douceur dans ses derniers instants. Les voitures, elles, continuaient de filer, insensibles à ce qui se jouait.
Elle est restée longtemps à veiller sur lui, dernier ange avant le dernier souffle, jusqu'à ce que le souvenir de plusieurs années d'assistance à des personnes en unité de soins palliatifs ne lui rappelle que souvent les êtres aiment à s'en aller seuls.
Une dernière fois, elle posé sa main sur lui, essayant de lui communiquer tout l'amour et la bonté qu'elle ressentait pour cette petite bête si fragile à la respiration irrégulière. Sans doute, que pas loin d'ici un foyer se demandait pourquoi le chat n'était pas rentré comme tous les soirs à la même heure, sans savoir qu'il ne rentrerait jamais.
Elle l'a laissé là, est remontée dans la voiture et puis a continué son chemin, le ventre tordu de la rencontre. Elle savait depuis longtemps que les choses ne nous arrivent jamais complètement par hasard et se demandait ce que cette rencontre voulait dire. Elle a roulé encore jusqu'à chez son compagnon.
Là, elle a raconté l'histoire presque sans émotion et ce n'est que plus tard dans la tiédeur du lit, bien à l'abri dans ses bras qu'elle a laissé venir ses larmes.
Elle s'était bien lavé les mains pourtant, mais elle sentait encore sur sa peau les ultimes soubresauts d'un chat écrasé par une voiture un samedi soir sur la terre, tout en sachant déjà que le souvenir de sa chaleur s'enfuyant resterait à jamais imprimé contre sa peau.
Elle a pensé à la fragilité gracile de nos vies, a bien tenté de dormir malgré tous les morts de sa vie qui d'un coup l'assiégeaient, mais la nuit est restée blanche, insondablement blanche...
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20.06.2009
à méditer
18:00 Publié dans citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.06.2009
le soleil dort
Il semblerait que le soleil dorme et soit entré dans une phase d'inactivité prononcée. C'est déjà arrivé et ce n'est pas grave pourvu que les hommes ne se disent pas que son sommeil pourrait aténuer le réchauffement climatique.
Peut-être qu'il en a eu assez mais plus probablement qu'il s'en fout complètement de nos petites histoires. Mais le fait que même le soleil soit régie par des cycles d'activité fluctuants, au même titre que toute chose a pour moi quelque chose de rassurant.
Il m'arrive d'avoir des éclipses et au soleil aussi...
Autrement, une collègue qui avait assisté à une représentation de contes merveilleux m'a confié n'être pas parvenue à y adhérer parce qu'il n'y avait pas dans ce spectacle "d'actualisation des symboles" et je dois dire que la chose m'a profondémment perturbé.
En réfléchissant à ce que je pourrais lui répondre, me sont venues diverses réflexions.
Le conte merveilleux (et je parle bien du conte merveilleux en tant que genre particulier) parle le langage de l'inconscient. De l'âme (au sens dans lequel Jung l'entendait). Lacan disait que l'inconscient était structuré comme un langage, je dirais volontiers que le conte merveilleux est le langage de l'inconscient. Les images utilisées (archétypes), les processus psychiques qui y sont contés sont les véhicules qu'il utilise pour nous transmettre ce qu'il a à nous apprendre.
Actualiser ces symboles (et dieu sait si en ce siècle désemparé il est tendance d'en jouer sur le second degré...) revient à teindre un cygne en rose après lui avoir coupé une aile. On tue en lui toute l'énergie transformatrice qu'il pourrait nous transmettre. On en fait un jouet, un artefact. Et par la même occasion on saccage en nous ce que nous avons de plus précieux, un peu comme un roi devenu fou qui détruirait son royaume par amertume. Un carnage.
Bien sûr que s'il suffisait d'ânonner ces contes tel qu'on les racontait il y a trois siècles (si tant est qu'on le sache) sous prétexte de "fidélité" cela se saurait.
"Actualiser" un conte, ce n'est pas remplacer une forêt par un parc en milieu urbain. C'est le rendre vivant, palpitant, partagé dans le secret d'une écoute attentive, au sein d'un présent qui respire.
Je crois de plus en plus, que ce qui fait que l'on devient -enfin- conteur, est ce moment où nous acceptons que le conte qui nous habite nous façonne et nous change tout autant que nous le faisons vivre. En l'accueillant en nous, il nous change, nous faisant entrer à nouveau sur le sentier des métamorphoses intérieures (mais y en aurait-il d'autres ?).
Il irrigue et féconde ce royaume dont je parlais il y a peu. En se situant sur ce territoire mental là, il échappe en partie à la logique de représentation, de mise en forme qui préside à l'essentiel du spectacle vivant pour devenir juste un art de la présence. Présence au conte, à soi et à l'autre.
Dans la nuit de l'âme, il fait fugacement apparaître l'Atlantide de nos royaumes intérieurs. Le conteur n'étant plus dès lors qu'un passeur, une surface vierge sur laquelle elle viendra s'imprimer...
18:36 Publié dans du conte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.06.2009
voyageur
"Lorsque le voyageur-arpenteur est parvenu à se débarasser à la fois de l'attendrissement gobeur et de l'amertume rogneuse que suscite "l'estrangement", et à conserver un lyrisme qui ne soit pas celui de l'exotisme mais celui de la vie, il pourra jalonner cette distance, et peut-être, si le coeur est bon, la raccourcir un peu".
Nicolas Bouvier,
"Le Vide et le Plein" (Carnets du Japon 1964-1970) - Folio.
21:30 Publié dans citations | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




