07.02.2010

come together

chez feel 7 02 2010 (6ter).JPG

 

"Certains vivent avec une compagne infirmière, secrétaire, professeure, agent d'entretien ou boulangère, lui vivait avec une chanteuse. Une chanteuse de blues tendance rock / jazz. Autant dire une chanteuse d'âme (En existerait-il d'autres ? Il ne le savait pas, ayant fini par accepter qu'il n'avait pas de réponses à tout).

Une chanteuse est chanteuse. Point. Du soir au matin et du matin au soir. Sur une scène une chanteuse se transfigure, passant de l'ange à la tigresse en quelques notes déconcertantes (il aimait ce mot, car dedans il y avait "concert").

Plus d'une fois d'ailleurs, il lui avait avoué que s'il l'avait rencontrée pour la première fois en la voyant sur une scène chanter, il n'aurait jamais osé l'aborder tant sa "créature" était alors intimidante.

Depuis bien sûr il l'avait vue chanter des dizaines de fois et même si certaines émotions s'étaient un peu atténuées, elle continuait de le surprendre parfois des pieds jusqu'à la tête.

Comme cette version un soir de Noël de "My Funny Valentine" en duo avec un joueur de doudouk (un instrument à anche arménien au souffle lyrique et triste qui vous fait osciller entre larmes et rêverie). Une manière de creuser le son, d'aller chercher l'émotion toute en retenue jusqu'au bout du souffle, qui l'avait remué en des endroits où peu jusqu'ici s'étaient risqués.

Ou bien encore ce concert dans une maison il y a peu. Une version de "Come Together" toute en finesse acoustique mais sans rien laisser en route du groove de l'original.

Cette façon qu'elle avait de fermer les yeux et de bouger lentement son corps sur la musique en une sorte de danse immobile qui faisait que tout l'air autour semblait vibrer avec elle.

Il y eut en cet instant comme un souffle, une pure langueur, une suspension du temps, une apesanteur, en quelques minutes parfaites.

Il se dit alors qu'elle était belle, incroyablement belle, présente, spirituelle et charnelle. Et que ce corps et cette voix grâce auxquels la musique dansait, semblaient faire planer autour d'eux des grâces et des démons qui le rendaient, lui, plus vivant et faisait vivre en chacun une densité joyeuse qui les rassénérait.

Il s'est dit qu'il faudrait qu'il lui dise tout cela un jour.

Il avait un peu attendu, et quelques jours plus tard il devait tomber dans l'escalier en allant prendre sa douche. Plus de peur que de mal. Mais la conviction alors que certaines paroles ne devaient pas attendre."

06.02.2010

un tissage

Photo0030.jpg

 

Plus je conte, et plus je me convaincs que le conte est plus un art de la présence que de la représentation.

Un art de l'incarnation plus que du jeu et du je (et ceux qui penseraient différemment auraient bien sûr raison eux aussi).

Pour conter, il ne convient pas de jouer, il suffit d'être.

Une série de contées (voyez comment sont les choses, j'ai failli écrire une "série de représentations", comme quoi on ne se refait pas...) aux domiciles de particuliers sur le répertoire des contes yddishs a fini par m'en convaincre.

Parce que conter dans un salon, quand bien même on puisse le faire dans une infiniité d'autres lieux (et croyez-moi je l'ai fait...) c'est revenir à l'essence même de la pratique du conte. Être sur une scène, par exemple, oblige parfois à recourir à diverses techniques : son, éclairage, mise en scène... alors qu'à domicile nous sommes nus, irrémédiablement nus. Et le public l'est tout autant et chacun se regarde les yeux dans les yeux.

Avant de raconter, le conteur se doit d'accueillir -sans jugement- quatre "choses" :

- L'instant présent : le temps qu'il fait dehors, les bruits tout autour, la densité de l'air, le chat qui passe dans le couloir...

- Lui-même : son corps, ce que lui dit son âme, son état intérieur, son agitation ou bien sa fatigue...

- Les histoires bien sûr : lesquelles vont se présenter ? Comment leur faire la meilleure place possible ? Comment les laisser respirer au plus ample,  comment les laisser nous visiter et comment les laisser repartir sans essayer de les retenir...

- Le public : la qualité de sa présence, la nature de sa présence, son attention, sa bienveillance, son désintérêt éventuellement...

Accueillir, cueillir, recueillir, se recueillir, recueillement : d'une racine indo-européenne "lire"  signifiant "cueillir", "choisir", "rassembler". L'éthymologie des mots en dit toujours plus que tous les discours !

Accueillir, c'est mieux que de recevoir. C'est recevoir avec bienveillance et attention.  C'est éthymologiquement "rassembler" ce qui était épars. Je crois vraiment que la manière avec laquelle le conteur accueille ces quatre "choses", l'amour, la tendresse et l'écoute qu'il y met, conditionnent largement la qualité d'un moment de contes et que le public pour capter cela est doté d'une intelligence instinctive étonnante.

Nous vivons dans un monde de brutes alors profitons de ces moments pour fabriquer de la tendresse et de l'empathie.

Et que fait le conteur alors de toutes ces choses, instants et êtres accueillis ?

Il les fait vivre ensemble en un instant éphémère. Il les harmonise. Il les fait vibrer dans leurs présences mêmes.

En un mot et pour résonner avec un conte yddish qui est sans doute l'un des plus beaux du monde, il les tisse. Et de ce tissage là, il en fait du temps, un temps pour être, un temps pour être ensemble, un temps pour toucher notre humanité la plus profonde, que ce soit dans le drame, l'accomplissement, la joie, la tristesse ou le rire de l'histoire.

Le conteur, et après tout "l'artiste", sont passeurs entre les mondes. Ils sont médiums et médias. Ils sont une sorte d'athanor du présent à travers lequel des émotions, des mots, des notes, des gestes, des instants vont muter, se transmuer. C'est pour cela que l'on dit d'un moment de spectacle réussi que "c'était magique".

Et c'est pour cela, donc, que le conteur se doit à un moment de s'oublier lui-même et de se faire oublier. S'il s'expose lui, s'il s'expose trop, si ce qui l'intéresse c'est de "s'exprimer" (et il y en a tant qui sous couvert de conter ne pensent "qu'à s'exprimer" et j'en fais même partie mais je me soigne...) il masquera de cette ombre ce dont il est question plus haut.

Car alors on ne verra pas l'histoire, on ne sera pas dans cette magnifique vibration de l'instant : on ne verra que lui.  (Ah ! Tous ces artistes dont tout le travail ne semble dire que cela : je vous en prie, regardez-moi !... Et pour eux, et surtout pour eux, il faut avoir de l'amour...)

Et c'est parce que, comme beaucoup, j'ai expérimenté dans ma vie ce qu'implique de ne plus voir seulement que soi, de ne plus avoir son monde limité qu'à soi-même, que j'ai pu apercevoir quelles insondables merveilles il y avait derrière.

Curieux rapprochement alors entre le travail de conteur et la démarche spirituelle, parce que dans les deux cas on s'oriente vers une dissipation de l'égo qui exige, pour être mené à bien sans laisser sa raison au passage, d'avoir justement... un égo fort et structuré...

Paradoxe puissant et difficilement résoluble qui a fait s'enliser plus d'un vaisseau mais qui peut aussi être un moteur puissant...

03.02.2010

un petit rappel...

J'ai il y a peu, mis en lien sur ce blog une vidéo du philosophe Michel Serres.

Et s'il semble vrai que les grands intellectuels ont plutôt déserté, parfois contraints et forcés et parfois non, l'espace médiatique ; remplacés qu'ils sont en général par des consultants en économie ou des responsables d'instituts de sondage... Michel Serres lui, semble bien décidé à assumer ses responsabilités "d'intellectuel".

L'extrait est court (1 mn 43). Il y est question du concept "d'identité nationale". Et le moins que l'on puisse c'est que ça va droit au but...

 

 

02.02.2010

la raison du + fort n'est pas toujours la meilleure

 

DSC05609.JPG

 

Lu sur le blog de Lung ta zen (une mine de réflexions, de questionnements et de sagesse) cette phrase du Dalaï Lama :

 

"Si vous avez l'impression que vous êtes trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique: vous verrez lequel des deux empêche l'autre de dormir ..."

Tenzin Gyatso

 

Il me semble inutile d'en dire plus pour aujourd'hui non ?...

01.02.2010

On ne s'en lasse pas 4

C'est la fin du mois, donc l'incontournable récapitulatif des recherches par lesquelles des internautes sont arrivés sur ce blog.

Rien de notable ce mois-ci, si ce n'est à nouveau "l'homme est un concept" qui revient presque tous les mois. Mais ne pas y trouver de choses délirantes ou de traces de sexualité plus que fantasques (voir déséspérantes) est presque décevant. On s'était habitués à force...

Reste cet énigmatique "marron inconnu".

Un botaniste à la Indiana Jones ? Ou un peintre fou à la recherche d'une couleur qui n'existe pas ? A chacun d'inventer son histoire...

 

aubry gwenaelle personne                                                        3.85%
distractioneur                                                                           3.85%
etty hillsum                                                                               3.85%
femmes ethiopiennes en photos                                                3.85%
genevieve bayle laboure                                                           3.85%
l homme es un concept                                                             3.85%
l'heure dans le monde                                                   3.85%
lhommeauboisdormant.blogspirit.com fin-des-hostilites            3.85%
marron inconnu                                                                        3.85%
nathalie krajick                                                                         3.85%
sex homme avec homme                                                          3.85%
sex4                                                                                         3.85%
tirer sa crampe                                                                         3.85%
une gourmandise                                                                      3.85%
yoshko seffer                                                                           3.85%

31.01.2010

les oiseaux chant

DSC05602.JPG

 

On raconte qu'en Inde existe une espèce d'oiseaux qui ne peut vivre qu'en couple.

Il est dit qu'ils sont inséparables et qu'ils passent leurs vies à chanter, chaque oiseau dans un couple ayant son propre chant.

Il est est dit encore que lorsque l'un des deux meurt, celui qui lui survit abandonne son propre chant pour le remplacer par celui de l'autre décédé.

Et jusqu'à sa mort ne chante plus que celui-ci.

28.01.2010

rendez-vous méridien

DSC04990.JPG

 

Habituellement, quoiqu'il arrive, j'ai un rendez-vous avec moi-même, tous les jours aux alentours de 13 h.

Ce rendez-vous consiste, quelque soit le programme de la matinée ou de l'après-midi, à aller boire un café à un endroit précis -en général plutôt calme et lumineux- et à y lire, écouter de la musique, révasser, écrire, songer à mes spectacles, téléphoner à ceux que j'aime ou même à somnoler comme un imbécile heureux, la fatigue du jour faisant foi.

C'est ce que j'appelle en mon for intérieur "mon rendez-vous avec moi-même".

Depuis une semaine, je ne peux me rendre à ce rendez-vous. Trop de travail, de choses à faire, de planning incompatible. Pas de temps.

Ni de lire, ni de jouer de la guitare, ni de méditer, ni d'aller boire ce fichu café, ni de lire des blogs, ni de répondre à vos commentaires, ni de travailler sur mon futur livre ou mon prochain spectacle.

Rien, nothing, nada, que dalle.

Et bien c'est très dérangeant de rater les rendez-vous avec soi-même. Et très fatiguant.

Cela se fait avec une facilité déconcertante, presque trop facilement. Ce pourrait être la définition d'un fantôme : celui qui passe à côté de lui-même. Hors de lui, hors incarnation.

Se dire qu'à des périodes de sa vie, nous avons déjà vécu ça, et pendant longtemps. Se dire aussi que certains vivent cela pendant toute une vie.

Aller d'un point à un autre, d'un rendez-vous à un autre, d'une chose à faire à une autre. Rouler, parler, démarcher, négocier, expliquer, organiser, planifier, régler, concilier...

Oui, mais le rendez-vous de 13 heures alors ?

Encore demain à passer à côté. Et à partir de lundi, y revenir.

Nous avons besoin de vacance (sans s), de lenteur, d'inutile, de vagabondage. Ce sont de ces heures creuses que viennent les grandes révélations. Et nous vivons dans un monde qui a supprimé ces heures-là (sauf pour certains sans emploi, mais cela se lit différemment).

Se dire que derrière la course à la productivité, au travailler plus (pour en général ne pas gagner plus d'ailleurs) il y a peut-être ceci : surtout faire un sorte que chacun ne puisse se retrouver avec lui-même en sa lenteur.

Jouïr du temps qui passe lentement : un des tous derniers luxes. Un privilège de roi.

Soyons donc les rois de notre temps qui passe, et surtout, surtout, ne ratons jamais les rendez-vous avec nous-mêmes.

Les vérités se trouvent dans cette lenteur-là, dans ces moments de presque rien, au cours desquels, enfin, le mystérieux affleure.

J'ai toujours aimé l'idée du "Ikiyo-e" : les scènes du monde flottant japonais.

Flottons, flottons, immergeons-nous dans nos mondes intérieurs, laissons venir les choses plutôt que de les vouloir.

Et le monde ira mieux.

Sûr.

24.01.2010

errer

tatihou 081.jpg

 

 

Ainsi, la date du vendredi 22 janvier 2010 restera t-elle dans l'histoire française comme une des premières fois (je croyais que c'était la première mais en fait il y en a eu d'autres, la dernière étant en 2001) où des hommes, des femmes et des enfants sont arrivés, déposés par des passeurs avides, sur les côtes françaises.

124 personnes hagardes, entre deux mondes, fuyant le pire en espérant tout simplement survivre.

On ne peut que supposer qu'il y en aura d'autres, tant l'écart sur cette planète entre les pays les plus riches et ceux les plus pauvres atteint l'insupportable, tant les conditions de vie imposées par d'autres en certains pays obligent à en partir.

Certains à tout coup préconiseront de fortifier des murs. Mais les murs n'ont jamais rien arrêté et comment arrêter des êtres qui n'ont plus rien à perdre ?

En attendant les autorités françaises ont placé toutes ces personnes en centre de rétention administrative. Ce qui revient de fait à les considérer comme délinquants et non comme réfugiés. France terre d'asile... disait-on il y a longtemps.

22 janvier 2010 : 124 personnes. Qui un jour nous dira leur histoire ?

Et cette nuit, cette phrase qui m'est venue :

 

"Jour après jour,

la mer efface tout,

sauf nos erreurs".

 

19.01.2010

des journées d'ombre et quelques éclaircies

madonna petrus christus.jpg

Madonna - Petrus Christus

 

J'ai découvert cette peinture il y a peu et elle me hante. Elle a quelque chose de l'ordre de l'évidence, sans compter ce fond noir qui pour l'époque (moyen-âge) me parait plutôt hors norme, mais je ne suis pas un spécialiste non plus.

Une image archétype comme les rêves peuvent parfois en produire, c'est-à-dire messagère de quelque chose en plus qui n'est plus que "de l'art". Le témoignage d'un royaume intérieur que les contes arpentent eux aussi assidûment.

Peut-être une manière de parler de la nuit de l'âme et de la lumière que l'on peut parfois y trouver. Un Mystère dans tous les sens du terme. Et cet arbre mort quoi que protecteur, comme si la vie là en l'occurrence ne pouvait être que de l'amour imprégné par un féminin vétu d'un long manteau rouge...

Une image mystère avec laquelle j'ai envie de vivre pour un moment (Ce pourrait être la Papesse peut-être dans le Tarot de Marseille ?). Va savoir pourquoi, c'est comme ça.

A côté de ça il y a aussi des journées perdues. Des journées passées pour rien. Rien à apprendre, rien à vivre, juste une langueur fatiguée et désabusée sur le fil de l'ennui. Des chercheurs britanniques auraient conclu que le jour le plus dépressif de l'année serait le troisième lundi du mois de janvier. Ce doit être ça alors.

Un moment qui ne fut pas perdu, ce fut dimanche soir sur une scène.

Un moment comme tous les artistes réveraient d'en vivre plus souvent : un public nombreux, attentif et ne demandant que ça, des compères de scène touchés par la grâce, de l'amour quoi...

Et à un moment quelque chose qui se passe : ma voix de conteur qui change, plus d'afféterie, de savoir-faire. Une voix légèrement détimbrée, vierge de tout affect, calme, tranquille, une voix débarassée de moi, et alors, alors... l'immensité. Ça a duré trente secondes maxi mais je m'en souviens comme quelque chose de long (un peu comme lorsque l'on se rémémore un rêve ou un accident). A un moment je me suis dit, "surtout ne la perds pas, ne la perds pas" et bing bien sûr, c'était foutu...

Ces choses-là ça n'aiment prendre que par surprise (rien à voir je précise avec ma note précédente) ; que d'un seul coup le sujet revienne et s'en est fini.

Un jour où l'Immense pointe son nez, un autre à ne plus rien vouloir.

Heureusement qu'il y a de grands manteaux rouges au milieu des arbres pour nous rappeler que les possibles de l'âme ne sont jamais limités que par ce que l'on est en mesure de s'imaginer.

 

Ah et puis aussi une question qui n'a rien à voir : existerait-il une règle qui expliquerait pourquoi plus les lecteurs de ce blog augmentent et plus le nombre de commentaires baissent ?